Lueurs du ciel
En tant que photographe, l’Islande me fascinait depuis longtemps. Nos expéditions annuelles d’escalade sur glace nous mènent d’ordinaire vers des sites fiables comme les Écrins, Cogne ou Rjukan. Quand Colin, un ami avare mais fiable, a proposé l’Islande, cela m’a d’abord paru surprenant. Habituellement, après une voie difficile, il se contente d’un pain offert et d’une barre énergétique, pendant que le reste du groupe mange plus copieux. J’ai réservé les billets avant qu’il ne change d’avis.
Rencontre inattendue à bord
Les jeunes hommes imaginent souvent qu’ils seront assis à côté d’une blonde dynamique avec qui ils créeront un lien fort. Au lieu de cela, nous nous sommes retrouvés à côté d’un type en t‑shirt serré, musclé, qui a jeté sa valise dans le compartiment supérieur comme s’il s’agissait d’une boîte d’allumettes. Le tatouage viking gravé sur le crâne chauve aurait dû me dissuader, mais les grimpeurs de glace ne sont pas réputés pour leur discernement. Après un moment, j’ai engagé la conversation : il vendait des compléments de musculation et avait participé au concours Strongest Man d’Islande avant de se blesser à l’épaule. Curieusement, il pratiquait aussi l’escalade sur glace et nous a donné des conseils précieux sur les meilleurs spots. Le monde est petit.
Préparatifs et premières impressions
L’Islande reste un peu en marge des guides d’escalade sur glace : aucun guide Rockfax, pas de manuel en anglais, seulement quelques blogs. Colin, toujours économe, a estimé le prix du lit‑et‑petit‑déjeuner à « un dix » par nuit et par personne. Nous étions sceptiques, surtout que le « strongest man » à côté de moi partageait notre inquiétude. Mais nous n’avions pas à nous inquiéter : l’auberge était agréable, bon marché et proposait un petit‑déjeuner correct. Ignorons les égouts dégoulinants d’odeur de soufre ; l’hydrogène sulfureux fait partie du caractère géothermique de l’Islande.



Notre voiture tout‑terrain était suffisante pour les routes islandaises, même si elle ressemblait à un jouet comparée aux camions monstres que l’on croise ici : pneus énormes, passages de roue surélevés – de véritables machines de rêve pour les amateurs de gros engins.
Des premiers jours difficiles
Les deux premiers jours n’ont pas été très productifs pour l’escalade. Le premier secteur traversé subissait une fonte massive, laissant peu de glace exploitable. Le second jour, sur un glacier du sud, nous avons trouvé de la glace dure comme du fer, mais l’aventure recherchée n’était pas au rendez‑vous. Nous avons réalisé qu’il nous fallait de l’aide locale. Le site iceland.is nous a remis sur la bonne voie. L’Islande ressemble un peu à l’Écosse : un mélange entre le Grand Nord‑Ouest et une surface lunaire, ponctué de sources de vapeur. Visuellement, c’est un rêve pour les photographes ; nous avons même eu la chance d’apercevoir les aurores boréales lors de notre deuxième nuit.
La solitude était exceptionnelle : pendant toute la semaine, aucun autre grimpeur n’est apparu. Dans les destinations populaires, les voies sont souvent escaladées plusieurs fois par jour, ce qui crée des prises faciles à saisir. L’absence de concurrents rend l’escalade plus exigeante, tant physiquement que psychologiquement.
Premières ascensions et sensations
Sans guide, sans repères, chaque voie nous a donné l’impression d’être une première ascension : recherche de lignes, détection des faiblesses, planification des descentes ou rappels. Le vent mordant, implacable, rappelait le climat écossais – loin de la douceur de Cogne. C’était un décor à couper le souffle, tant pour la photographie que pour l’escalade, et je reviendrai sans aucun doute.








