Revivez la Révolution américaine cet été : escales dans plusieurs ports des États‑Unis
En route vers le port français de La Rochelle, le journaliste‑voyageur John Oseid a croisé des troubadours du XVIIIᵉ siècle, un tonneau de cognac et une réplique du trois-mâts qui a transporté le marquis de Lafayette dans les colonies en 1780. (Vous vous souvenez sans doute que le noble français devint le fidèle compagnon de George Washington et un brillant chef rebelle pendant la guerre d’indépendance.) Cet été, la frégate réplique prend le large pour l’Amérique, avec des escales le long de la côte est des États‑Unis.
LES HAUTS MÉNÉGES – Que faire d’un marin ivre ? Cette chantonne de marin n’est plus souvent entonnée. À La Rochelle, j’ai assisté à une interprétation vive de ce chant par des troubadours vêtus de costumes de la fin du XVIIIᵉ siècle. Au quai, amarrée devant nous, se tenait Hermione, une magnifique réplique du navire qui a amené le « jeune général » de 22 ans, le marquis de Lafayette, aux colonies américaines en 1780.
« Elle vole comme un oiseau », disait Lafayette à propos de l’originale Hermione. Le 5 juin 2015, les Américains pourront la voir en personne lorsqu’elle arrivera à Yorktown, Virginie. Hermione y gagna la gloire en faisant partie de la flotte française qui bloqua les Britanniques, contraignant Lord Cornwallis à se rendre. Lors de son Voyage Hermione 2015, une croisière de deux mois le long de la côte Est célébrant le rôle du marquis dans l’indépendance américaine, la frégate fera escale dans une douzaine de ports, dont Mt. Vernon, Baltimore, Philadelphie, New York et Boston, où Lafayette débarqua avant de commander 1 200 fantassins légers sous le commandement de Rochambeau à Yorktown.

L'Hermione a presque vingt ans de chantier. Photo – Association Hermione‑La Fayette.
Un petit groupe d’amateurs de construction et l'Association française Hermione‑La Fayette ont mené pendant près de vingt ans la reconstruction de l'Hermione, trois-mâts de 213 pieds, à partir de 2 000 chênes du port de Rochefort. (Le navire original fut achevé en onze mois seulement.) Au fil des années, l’association a accueilli quatre millions de visiteurs, dont les contributions ont financé le bois et bien plus encore.
Par chance, les constructeurs obtinrent les plans originaux auprès des Britanniques, qui avaient capturé la sœur de l’Hermione, le Concorde. Vingt‑six canons non fonctionnels furent forgés dans la même fonderie que les originaux, tandis qu’une équipe suédoise fournit le gréement. Les seules touches de modernité sont deux moteurs (exigés par la législation internationale), l’équipement électronique et, fort heureusement, une hygiène adéquate – sans oublier les machines à espresso.
Lors de ma visite récente à La Rochelle, j’ai vu des attelages conduire deux chevaux de trait massifs jusqu’au quai pour charger un tonneau de Hennessy, produit à l’occasion du 250ᵉ anniversaire de la maison de Cognac. Dans le cadre d’une cérémonie officielle, des dignitaires plongèrent un outil d’échantillonnage dans le liquide, puis une dame en tricorne lut un proclamé : le chargement était apte à traverser l’Atlantique. Cette scène rappelait la lettre d’un chargeur de Hennessy en 1780 : « M. le marquis de La Fayette part mardi à bord de l’Hermione ; il est général‑major de l’armée des insurgés ». Nos futurs Pères fondateurs appréciaient le bon verre, ils furent donc heureux de recevoir plus qu’un simple « jeune général ».

Des reconstituteurs préparent le montage d’un tonneau commémoratif du Hennessy 250 Collector Blend sur l'Hermione pour la traversée transatlantique. Photo – Jas Hennessy & Co.
À bord, le second capitaine de l’Hermione, ancien lieutenant de la Marine française, Charlène Giquel, a expliqué qu’un tiers de l’équipage de 86 personnes (contre 300 à l’époque) est composé de femmes. Vêtu d’un uniforme d’époque rigide, le surintendant du navire, Bruno Gravellier, m’a indiqué que, sous Lafayette, les marins français mangeaient à même le pont, contrairement aux Britanniques qui utilisaient des tables. L’Hermione abrite également une centaine de moutons, quelques bovins et de nombreuses poules gambadant librement.
Lorsque l’Hermione arrivera aux États‑Unis, le public pourra côtoyer, dans chaque port, des reconstituteurs d’époque, visiter le navire en libre‑service et admirer une exposition photographique sur sa construction. La New‑York Historical Society organise l’exposition Le Retour de Lafayette (du 29 mai au 25 octobre), tandis que d’autres sociétés historiques américaines et le Tall Ships of America participeront aux festivités.
Ce symbole majeur de l’unité franco‑américaine, ressuscité, n’a pas été vu depuis le bicentenaire. D’ici mi‑juillet, lorsque l’Hermione regagnera la France, davantage d’Américains auront compris que leur indépendance doit beaucoup à la France et, en particulier, au marquis de Lafayette. Portons un verre à cette amitié.

L'Hermione déploie ses voiles lors d’un essai. Photo – Association Hermione‑La Fayette.
OÙ LA TROUVER
Voyage Hermione 2015
Le périple de 27 jours débute le 5 juin 2015, avec des escales à Mt. Vernon, Annapolis, Baltimore, Philadelphie, New York, Greenport, Newport, Boston, Castine et Halifax. Chaque arrêt proposera concerts, galas, dîners d’interprétation et activités au bord de l’eau.




