L'éruption volcanique d'Islande : la catharsis silencieuse dont j'avais besoin
L'éruption du volcan Geldingadalir a éclaté le 19 mars le long de la côte sud‑ouest grise et austère de l'Islande. Un événement surprenant même pour un pays habitué aux secousses, car aucune activité similaire ne s’était produite sur la péninsule de Reykjanes depuis plus de 800 ans.
Ce qui m’a frappé, c’est que cette secousse terrestre s’est produite près d’un an exactement après une autre catastrophe tout aussi soudaine : le jour où la COVID‑19 a envahi ma ville, New York, avec la furie d’une armée viking.
Après une année d’isolement, je me sentais comme la lave en ébullition : une pression croissante contre des murs qui se refermaient. Quinze mois après le confinement, et à peine un mois après ma seconde dose de vaccin, j’ai embarqué sur un vol Icelandair un après‑midi chaud de juin, traversant l’Atlantique vers l’est. Je voulais tester si mon esprit pouvait se réveiller au bord d’un ruisseau de lave orange néon. (Ça valait le coup d’essayer.)
Un cocktail à la vodka à bord, un test PCR à la sortie des bagages, puis une sieste perturbée par le SMS annonçant mon résultat négatif, m’a ramené à la réalité du Silica Hotel, un lieu presque surnaturel. En plein champ de roches volcaniques et bordé par l’eau lactée du légendaire Blue Lagoon, l’hôtel était d’une quiétude profonde.
Il était difficile de croire que, la nuit précédente, je dormais à Brooklyn avec un purificateur d’air, non pas pour éliminer le virus, mais pour étouffer les sirènes et le bruit des rues. À New York, chaque élément semble vous assaillir, vous agiter, parfois de façon subtile, parfois flagrante.
En Islande, c’est tout le contraire. La présence écrasante de la nature agit à la fois comme baume et tyran, sans espace intermédiaire.
Le lendemain matin, un Mercedes GLS noir m’attendait devant l’hôtel. J’ai embarqué avec Ryan Connolly, un jeune Écossais, réfugié du monde de la finance internationale et aujourd’hui co‑fondateur de Hidden Iceland, l’opérateur de tours à empreinte carbone négative. Il m’a conduit pour une randonnée de deux kilomètres jusqu’au bord de la lave. Un guide n’est pas indispensable, mais il est utile : le danger n’est pas la lave incandescente, mais les gaz toxiques. Ryan porte un détecteur de gaz portable et partage une fascination contagieuse pour la géologie islandaise.
Notre ascension de 45 minutes, dans la brume, se déroule sans incident. Nous croisons quelques randonneurs descendant du sommet, fiers et essoufflés. Arrivés au point de vue, je ne trouve pas d’explosion hollywoodienne, mais une masse amorphe, semblable à « The Blob », qui bouillonne lentement sous le manteau terrestre. Ce n’est pas une scène d’Al Pacino, mais d’une gravité à la Morgan Freeman : une beauté silencieuse.
Oui, c’est l’Islande, mais c’est l’été et il ne fait pas froid. Ma veste usée de North Face et mon bonnet élastique suffisent. Je reste, hypnotisé, au bord de la lave noire craquelée qui a déjà envahi le sol brun, tandis que des stries orange flamboyantes percent comme des yeux de chat incandescents. L’air est musqué, chargé de soufre. Les gouttes de pluie qui touchent la lave crépitent, s’évaporent, parfois l’herbe s’enflamme sous la chaleur, puis la pluie l’éteint. La terre naît et meurt simultanément.
Après toutes nos contractions imposées par la COVID et nos luttes, la Terre elle‑même me rappelle notre place minuscule.
Nous sommes si petits, si fragiles. La nature – qu’elle se manifeste par les molécules hostiles d’un virus ou par un souffle géologique – est d’une puissance colossale. D’un simple geste, elle peut tout réduire en poussière.
Ce rappel n’est ni déprimant ni apocalyptique, mais rassurant. Nous ne pouvons contrôler qu’une partie de notre existence, et il ne faut pas s’en faire outre‑mesure. Comme la lave qui s’étend sur la péninsule de Reykjanes, nous arriverons, partirons, serons recouverts et transformés. Comme le disent les Islandais depuis des siècles, «
Flux vidéo en direct du volcan
Impossible de se rendre en Islande ? Vous pouvez suivre l’activité en temps réel grâce au flux vidéo du volcan proposé par Visit Iceland.
Ryan Connolly de Hidden Iceland a partagé avec Fathom d’autres merveilles naturelles islandaises.




