Viser les étoiles ? L’expérimentation vous mènera loin en astrophotographie
Vous avez envie d’essayer l’astrophotographie lors de votre prochain voyage ? Régler votre appareil, c’est une chose ; obtenir une image réussie, c’est une autre. Daniel Schwartz de Fathom a interviewé le photographe Eric Adams, qui explique comment il a capturé ce cliché du ciel nocturne, et comment tout le monde peut le reproduire, quel que soit le matériel ou les conditions.
Sujet : Monument national Devil’s Tower, Wyoming
Appareil : Sony A7RII
Leçon : Toujours être prêt à expérimenter.
Une prise magnifique. Pouvez‑vous nous expliquer votre démarche ?
Nous étions à la fin du mois d’août, de retour d’une observation d’éclipse solaire totale dans le Wyoming. Seul, ma famille et mes amis étant déjà rentrés, j’ai profité de l’occasion pour ajouter une visite à Devil’s Tower, même si cela représentait un détour de huit heures. J’ai toujours voulu le voir, et les prévisions annonçaient un temps splendide.
J’ai passé la journée à explorer les environs du monument, puis, à la tombée de la nuit, je me suis rendu à un point de vue très prisé des photographes locaux pour le photographier sous le ciel étoilé. À cette période de l’année, la Voie lactée se situait loin du monument en soirée, ce qui rendait impossible le contraste que j’espérais.
Après quelques essais sur ce site, je me suis dirigé vers le parking du centre d’accueil, au pied du monument, du côté opposé. J’y ai découvert une vue où le monument et la Voie lactée étaient visibles ensemble, même si le centre galactique n’était pas aussi dense que sur les clichés les plus célèbres.
Et voilà, une photo digne d’une exposition. C’était tout ?
Pas tout à fait. Le vrai défi était de faire apparaître la tour dans l’image. Sans éclairage, elle se résume à une zone sombre dépourvue d’étoiles. J’ai donc tenté la technique du « light painting », qui consiste à balayer une source lumineuse (lampe torche, par exemple) devant le sujet pendant que l’obturateur reste ouvert. Cela permet d’éclairer sans sur‑exposer, contrairement à un flash.
Étant donné la hauteur et la distance du monument, je n’étais pas certain que cela fonctionnerait. J’ai tout de même essayé, et, à ma grande surprise, cela a fonctionné ! Il m’a fallu une quinzaine d’essais pour trouver le bon équilibre entre l’éclairage des rochers du premier plan et celui de la tour. La technique consiste à éclairer brièvement les rochers, puis à se concentrer sur la tour. J’ai effectué trois ou quatre passages avec la torche sur la tour, puis je l’ai éteinte. L’éclairage total n’a duré qu’environ cinq secondes sur une exposition de 25 secondes.
Parlons matériel. Qu’avez‑vous utilisé ?
J’ai employé un appareil plein‑format Sony A7RII, réputé pour ses performances en faible lumière et sa large gamme dynamique, associé à un objectif Nikon 14‑24 mm f/2.8 offrant un champ de vision large sans trop de distorsion. Le tout était monté sur un trépied en fibre de carbone Gitzo, avec une tête à boule Really Right Stuff. La lampe torche était une LED compacte et puissante, type lumière militaire ou tactique.
Et quels réglages avez‑vous appliqués ?
Une exposition de 25 secondes à ISO 4000, ouverture maximale f/2.8.
Avez‑vous retouché la photo ?
Sur le fichier RAW dans Lightroom, j’ai effectué de légers ajustements de contraste, de luminosité, de clarté et d’autres paramètres. J’ai aussi modifié les hautes lumières afin d’homogénéiser le light painting (les rochers du premier plan apparaissent plus lumineux que dans le rendu final). Enfin, j’ai utilisé la réduction de bruit pour atténuer le grain inhérent aux hautes ISO.
Puis‑je reproduire ce type de prise avec n’importe quel appareil ?
Oui. Tant que vous êtes sur un trépied et que vous pouvez régler une exposition jusqu’à 30 secondes, vous pouvez capter suffisamment de lumière et expérimenter le light painting sur les éléments du premier plan. Pensez à l’ISO : commencez autour de 1000 et ajustez en fonction. Un grain trop prononcé indique que vous poussez trop l’ISO ; il peut être atténué en post‑production, mais il vaut mieux l’éviter dès la prise.
Vous pouvez même vous servir d’un smartphone, à condition d’installer une application professionnelle qui vous donne le contrôle de l’exposition, de l’ouverture et de l’ISO. Là encore, l’expérimentation est la clé : vous pourriez obtenir une image floue, ou au contraire une prise exceptionnelle selon les conditions ambiantes.
Quelques conseils supplémentaires : les étoiles se déplacent avec la rotation de la Terre, alors testez la durée maximale d’exposition avant que des traînées n’apparaissent. Plus votre objectif est grand angle, plus vous pouvez prolonger l’exposition. Un ciel très sombre est indispensable pour faire ressortir de nombreuses étoiles ou la Voie lactée. En zone urbaine très polluée, ce sera difficile ; à la campagne, les possibilités sont infinies.
En résumé : expérimentez. Sous un ciel dégagé et vêtu chaudement, vous avez toutes les cartes en main pour tester de multiples stratégies et réglages.
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