Quel sera votre prochain voyage post‑pandémie ? Le Nicaragua à l’honneur
Après l’arrêt national de l’hôtellerie en 2018 puis la crise du coronavirus, le Nicaragua a subi un double choc touristique. Pourtant, ses kilomètres de côtes isolées, ses hôtels‑boutiques intimistes et ses retraites insulaires offrent une escapade hors réseau idéale pour l’après‑pandémie. Plusieurs établissements proposent des crédits pour de futurs séjours, ce qui en fait une option parfaite pour rêver dès maintenant et voyager quand la sécurité reviendra.
NICARAGUA — « Comment se fait‑il que je sois le seul ici ? » me suis‑je demandé en foulant la plage d’Escondida. C’était en janvier, deux mois avant que je possède un masque chirurgical et que l’expression « distanciation sociale » n’envahisse plus les conversations. Même alors, j’ai compris que s’étendre sur un sable à soi était un privilège à chérir.
J’ai cherché dans ma tête la meilleure façon de profiter d’un paradis tropical en solitaire. Faire des roulades ? Dessiner des anges dans le sable ? Enterrer mon passeport ? Au lieu de cela, je me suis installé sur un rocher, ébloui, et j’ai sorti une canette de bière Toña de mon sac à dos. En sirotant, j’ai scruté chaque grain de sable, chaque éclat de soleil sur la mer azur et chaque contour des falaises qui surplombent l’embouchure, gravant ces images dans ma mémoire comme si, un jour, je devais vivre de ces souvenirs.
Je n’aurais jamais imaginé que le « un jour » arriverait aussi vite. Aujourd’hui, en pleine pandémie, la plage d’Escondida est devenue mon rêve quotidien pendant le confinement.
Le Nicaragua se révèle aussi idéal pour le voyageur soucieux du Covid‑19. Bien sûr, les déplacements internationaux restent limités et la plupart des compagnies aériennes ont suspendu les vols entre les États‑Unis et le Nicaragua jusqu’en septembre, mais il est déjà temps d’imaginer les futurs séjours.
Rancho Santana sur la plage d’Escondida
Première bonne nouvelle : si vous cherchez l’espace et l’absence de foule, sachez que ma journée solitaire à la plage n’est pas une anomalie. Escondida fait partie du domaine de Rancho Santana, une communauté de villégiature sur la côte d’Émeraude du Nicaragua. « Lorsque l’on voit trois ou quatre familles à la plage, c’est déjà considéré comme bondé », explique Alberto Marín, directeur de l’expérience client. Cette perception vient du fait que Rancho Santana possède cinq plages, 17 miles de sentiers de randonnée, des écuries, un spa avec des cabanes‑traitement nichées dans la forêt, ainsi qu’un studio de yoga privé perché sur une colline surplombant la mer. « Privé » et « isolé » sont les mots qui reviennent sans cesse ; ils deviendront sans doute les critères majeurs du tourisme post‑pandémique.
En dehors de la routine du confinement, le Nicaragua – la « Terre des lacs et des volcans » – propose une véritable antidote aux expériences monotones à la maison. Au lieu de cuire du pain, partez à la découverte de l’un des 24 volcans actifs, comme le Masaya, pour admirer un cratère en éruption. Au lieu de regarder le minuteur de votre four, explorez les 360 îlots du lac Nicaragua : « presque un îlot par jour de l’année », me disait mon guide. Échangez l’ennui du confinement contre du surf sur les vagues de la côte d’Émeraude ou du sandboard sur les dunes côtières.
Au-delà du réconfort face au virus, les voyageurs engagés voudront soutenir les destinations qui ont le plus besoin de tourisme. Le Nicaragua a été durement touché ces dernières années. Au printemps 2018, des manifestations contre le président Daniel Ortega ont paralysé le secteur : environ 70 000 employés de l’hôtellerie ont perdu leur emploi, des hôtels et restaurants ont fermé leurs portes, et certains établissements, comme le luxe Mukul (Auberge Resort) ou le surf‑retreat rustique Maderas Village, n’ont toujours pas rouvert.
Début 2020, le tourisme semblait rebondir : un afflux constant de visiteurs américains et européens, le premier dîner itinérant « Outstanding in the Field » organisé au Nicaragua, et des projets d’expansion ambitieux à Rancho Santana, dont une chapelle pour les mariages et une rénovation du spa.
Et puis le coronavirus est arrivé, stoppant net cette dynamique. « En général, c’est très calme, et c’est la bonne chose pour l’instant », affirme Matt Turner, PDG de Rancho Santana. Le ranch, qui comprend des résidences privées et une auberge de 17 chambres, reste ouvert, mais les visiteurs sont surtout des propriétaires séjournant dans leurs maisons de vacances. Les activités collectives (yoga, équitation) sont suspendues et la distanciation sociale est appliquée, tâche facilitée par l’étendue du domaine.
Turner reste optimiste : « Nous vivons un chapitre étrange et complexe, mais il ne nous définira pas. L’espace, le calme et l’isolement du ranch deviendront des atouts majeurs pour les voyageurs. » Pour les plus exigeants, 24 maisons individuelles sont disponibles à la location. Le complexe mise sur l’autosuffisance : énergie solaire, ferme sur place, jardins bio, petite épicerie proposant fromages et pâtisseries locales. En plus, Rancho Santana offre des crédits pour les réservations futures : réservation avant le 30 septembre 2020 → 100 $ de crédit pour une chambre, 200 $ pour une résidence, et 50 $ de crédit spa.
Tribal à Grenade
Dans la ville coloniale de Grenade, capitale culturelle du pays, l’intimité post‑pandémique que recherchent les voyageurs se trouve au boutique‑hotel Tribal. Cette petite adresse design ne compte que sept chambres et aucun ascenseur – parfait pour la distanciation. Le petit‑déjeuner est livré directement sur le patio privé de chaque chambre. Lors de ma visite en janvier, j’ai dégusté ananas frais, jus pressé, pâtisserie et café à la presse française sur ma véranda, face à la piscine. L’hôtel collabore avec l’opérateur local Danny’s Tour Operator pour proposer des excursions privées vers les volcans environnants ou la plage de San Juan del Sur.
Les co‑propriétaires Jean‑Marc Houmard et Yvan Cussigh n’ont pu garder que trois des dix employés, qui nettoient l’hôtel deux fois par semaine et aident à la restauration du mobilier. « Les deux dernières années ont été très difficiles pour le personnel et la population, » explique Houmard. « En 2018, l’hôtel a fermé cinq mois à cause des troubles politiques, puis le tourisme a repris l’hiver dernier, mais la pandémie a anéanti ces progrès en quelques semaines. »
Le propriétaire de Danny’s Tour Operator, Danny Diaz Miranda, partage le même constat : son agence reste ouverte mais sans touristes. Il a également dû licencier temporairement ses quatre employés, mais attend avec impatience le retour des visiteurs.
Profiter de ces fermetures pour se projeter, les deux associés construisent deux nouvelles villas indépendantes à deux pas de l’hôtel, idéales pour ceux qui souhaitent plus d’intimité. La première, une maison de quatre chambres avec arches élevées, piscine privative, carrelage fait main et végétation tropicale, sera disponible à la location cet automne via Tribal.
Leur travail a déjà été remarqué : la villa Casa Violeta, réalisée en collaboration, a figuré dans Architectural Digest Mexico & Latin America. Vendue l’an dernier, elle est aujourd’hui louée sur Airbnb à 300 $ la nuit par sa nouvelle propriétaire, Katalina Mayorga, fondatrice d’El Camino Travel, qui organise des petits groupes culturels au Nicaragua.
Si vous avez passé le confinement à rêver d’une île tropicale, Isleta El Espino, île privée du lac Nicaragua près de Grenade, pourrait devenir votre réalité. Cette retraite de cinq chambres, avec vue sur le volcan Mombacho, propose des meubles faits main, une piscine, une plateforme de yoga et un programme culinaire basé sur les produits cultivés sur place. L’hôtel travaille avec des guides locaux et des communautés d’artisans afin que les hôtes repartent avec une véritable appréciation de la culture nicaraguayenne. Co‑propriétaire Andrew Werner indique que la réouverture est prévue pour novembre, selon l’évolution du voyage sécurisé, et propose, comme Rancho Santana, des incitations : réservation avant le 30 septembre → jusqu’à 30 % de réduction, valable jusqu’en 2022.
Pour ceux qui ne peuvent plus attendre l’automne, El Camino Travel, qui maintient un voyage Nicaragua complet en novembre et de nombreuses offres pour 2021, a lancé une communauté de voyage en ligne. Le Clubhouse donne accès à des experts, des visites virtuelles d’hôtels boutique, des rencontres entre voyageurs solo et des discussions culturelles, dont une prochaine interview du céramiste nicaraguayen‑américain Joel Gaitan.
Mayorga rappelle que la pandémie a mis à genoux tout le secteur : des méga‑chaînes hôtelières aux compagnies aériennes, en passant par les petites boutiques. Cette crise agit comme un égalisateur et nous offre l’occasion de repenser nos habitudes de voyage. « Nous pouvons être les architectes du nouveau normal ou simplement des spectateurs, » affirme‑t‑elle. « C’est comme un incendie de forêt : les flammes ont tout ravagé, mais nous pouvons maintenant replanter de nouvelles graines. »
Ces nouvelles graines pourraient encourager un tourisme plus réfléchi vers des destinations peu fréquentées, où la durabilité et l’espace sont primordiaux. Et si tel est le cas, nous pourrons tous profiter davantage de ces journées de plage paisibles et isolées.




