Les Inuits du Canada : une histoire et une chanson de résilience et d’espoir
Alors que nous envisageons nos prochains projets de voyage, nos pensées se tournent vers des destinations reculées et des lieux offrant une pureté d’expérience. Le Nunavut, la province la plus septentrionale du Canada, correspond parfaitement à ce critère. Au cours d’une excursion avec Adventure Canada, Stephanie Vermillion a découvert les traditions et l’histoire, à la fois nobles et déchirantes, du peuple inuit qui y vit. Bien que l’Arctique canadien reste fermé aux croisières en 2020 pour des raisons liées à la Covid‑19, Adventure Canada reprendra ses expéditions et ses activités en 2021.
Le chant de gorge inuit à Pond Inlet
À Pond Inlet, Nunavut, chaque respiration rauque des chanteuses de gorge inuit déclenche des frissons intenses. Le chant de gorge, loin de la finesse d’une aria de Mozart ou de la puissance d’une voix d’Aretha Franklin, séduit précisément par son authenticité. Dans cette performance traditionnelle, deux femmes s’affrontent en duo face à face, chacune essayant de chanter le plus longtemps possible. Ce motif rythmique d’inspiration et d’expiration brute, non filtrée, est animé par la fierté culturelle.
Au‑delà de la beauté envoûtante du chant, c’est le symbolisme culturel qui touche le plus profondément. Le chant de gorge incarne l’essence même de la culture inuit du Canada, intimement liée à la terre et à la mer, et valorisant la communauté bien plus que la richesse matérielle.
Un passé sombre, une résilience remarquable
Les traditions inuit ont été pratiquement anéanties il y a à peine cinquante ans, ce qui explique pourquoi cette démonstration de chant de gorge à Pond Inlet représente bien plus qu’une simple attraction touristique.
De 1831 à 1996, le gouvernement canadien a placé environ 150 000 enfants autochtones dans des pensionnats gérés par des églises, destinés à les « éduquer », les convertir et les intégrer à la société dominante. L’usage de leurs langues maternelles y était interdit, un processus qualifié de « génocide culturel » par des études approfondies.
Heidi Metcalfe‑Langille, jeune militante culturelle inuit travaillant pour la société d’expéditions arctiques Adventure Canada, a grandi en entendant les récits horribles de son père, lui‑même victime d’un pensionnat.
« Mon père a fréquenté un pensionnat, et nous savons que beaucoup d’abus y ont eu lieu. Quand j’allais à l’école dans le sud du Canada, il ne mettait jamais les pieds dans l’établissement avec moi ou mes frères et sœurs. Il me disait : « Tu n’as pas besoin d’aller à l’école aujourd’hui », ou « Reste à la maison avec moi, tu apprendras davantage. » »
Grâce à la persévérance de sa mère néerlandaise, Metcalfe‑Langille a terminé ses études, mais elle n’a jamais pu rompre son lien avec sa culture ni ignorer les difficultés de son père. Elle est devenue défenseure et éducatrice inuit, partageant l’histoire et les coutumes du peuple avec les voyageurs afin qu’ils respectent pleinement les communautés comme Pond Inlet.
Lorsque j’ai rejoint une expédition avec Adventure Canada, je m’attendais à découvrir quelques traditions inuit et peut‑être rencontrer un ou deux Inuits. La présentation de Metcalfe‑Langille sur la culture inuit m’a profondément bouleversée : ce voyage n’était plus une simple aventure ou une case à cocher sur une liste de lieux arctiques, mais une véritable leçon culturelle dont j’avais encore besoin.
Des violations méconnues
Peu d’Américains – voire de personnes extérieures à la communauté – connaissent les horreurs subies par les Inuits canadiens. Les pensionnats ne sont qu’un exemple. Un autre drame s’est produit lorsque le gouvernement canadien a exilé de force 90 Inuits, les déplaçant à plus de 2 400 km au nord, simples pions d’une politique arctique.
Des militantes comme Metcalfe‑Langille œuvrent non seulement à sensibiliser le public international, mais aussi à aider la culture inuit, autrefois menacée, à se reconstruire au Canada.
« Regardez le paysage qui vous entoure et imaginez un peuple qui non seulement survit, mais prospère ici depuis 4 000 ans », explique‑t‑elle alors que le bateau approche de Pond Inlet. « Nous sommes extrêmement résilients et, malgré ce passé récent, nous avons négocié quatre accords de revendication territoriale – un accomplissement majeur. »
Ces accords, signés dans les quatre régions inuites du Canada, attribuent aux Inuits la propriété de blocs de terre. Ensemble, ils couvrent environ 40 % du territoire national. Bien que ces traités n’effacent pas des décennies d’abus et la quasi‑génocide de la culture inuit, ils offrent une base solide pour l’avenir. En assistant à la démonstration de chant de gorge à Pond Inlet, on ressent une fierté omniprésente qui indique que les choses s’améliorent pour les Inuits du Canada.
Les aînés affichent des sourires éclatants tandis que les chanteuses, haletantes, tentent de dépasser leurs concurrentes. Des enfants déguisés applaudissent, tandis que des jeunes filles aux yeux brillants rêvent de prendre le micro à leur tour. Metcalfe‑Langille, chanteuse de gorge elle‑même, tapote le rythme avec enthousiasme.
Mes frissons grandissent, non seulement grâce à ces jeunes talentueuses, mais aussi par le sentiment d’honneur, d’humilité et presque d’indignité d’être invité à célébrer une culture aussi résiliente et magnifique. Leurs sourires accueillants me rappellent que, même en tant qu’étranger, je suis le bienvenu. C’est l’une des nombreuses leçons que le monde pourrait tirer de la culture inuit canadienne.
« Quand les Inuits se réunissent, il s’agit avant tout de connexions et de liens qui nous unissent », affirme fièrement Metcalfe‑Langille. « Nous sommes très orientés famille, nous respectons profondément la terre et nous cherchons toujours le bon côté des gens. »




