Randonnée à Santiaguito : visite d’un volcan en éruption au Guatemala
Xela, Guatemala
Le volcan actif Santiaguito, au Guatemala, explose toutes les quelques heures en projetant cendres brûlantes et roches. Nous avons donc décidé d’escalader le cratère et de camper à proximité.
Mise à jour : depuis la rédaction de cet article, les autorités ont renforcé les restrictions autour du volcan après une énorme explosion survenue en 2016.
Commençons par quelques informations sur le volcan. Le cratère de Santiaguito est un dôme de lave très actif, qui fait partie du vaste système du volcan Santa Maria.
Érigé à 12 375 ft (3 770 m), le volcan Santa Maria a explosé violemment en 1902, emportant le flanc sud de la montagne et provoquant l’une des plus grandes éruptions du XXᵉ siècle, faisant plus de 10 000 victimes.
Les cendres de cette éruption ont été détectées à 4 000 km, à San Francisco.
Sur la photo ci‑dessous, on voit les dégâts de l’explosion de 1902 : la moitié du sommet a disparu.
Le dôme de lave de Santiaguito s’est formé après cet événement et éjecte depuis 80 ans des panaches toutes les quelques heures.
Escalader le volcan Santiaguito
Je voulais absolument atteindre le sommet pour être au plus près de l’action, même si cela impliquait un effort extrême et un danger certain.
Une ascension de 8 heures, avec des sacs de 40 lb (≈ 18 kg) et un campement sur un ancien conduit volcanique inactif, juste à côté du cratère actif.
Ce n’est pas une activité touristique ordinaire.
La plupart des visiteurs se contentent de gravir le voisin : le volcan Santa Maria, et d’observer Santiaguito à distance, à plus d’un kilomètre.
Seules les personnes les plus téméraires envisagent de grimper et de camper sur le volcan en pleine éruption.
Grâce à un peu de «couch‑surfing», j’ai réuni six aventuriers aussi fous que moi. Une agence locale a accepté de nous emmener jusqu’à la zone active, mais il a fallu plusieurs heures pour trouver le seul guide expérimenté connaissant le trajet difficile.
Nom du guide : Crazy Charlie. Parfait !
Ce n’est pas une promenade de santé
Pour atteindre le sommet du volcan Santiaguito, nous avons dû marcher, grimper, traverser la jungle dense et même escalader des sections verticales de «sentier» pendant la majeure partie du trek.
Le tout avec des sacs de trekking remplis de 6 l d’eau chacun et tout le matériel nécessaire pour deux jours sur un volcan stérile.
Après les préparatifs, l’équipe a entamé la montée du volcan Santa Maria pendant les deux premières heures.
À mi‑parcours, nous avons fait une pause au Mirador Santiaguito, un point de vue très fréquenté par les touristes, qui surplombe le dôme en éruption.
Nous avons ensuite dû traverser une jungle épaisse et descendre un couloir de lave couvert de cendres jusqu’à « la plage », un vaste champ de rochers et de glissements de terrain entre Santa Maria et Santiaguito.
Après cinq heures de marche, épuisés, nous avons déposé de l’eau supplémentaire et la machette inutilisée, puis commencé l’ascension du dôme même.
Bienvenue sur la Lune !
On aurait dit que nous avions quitté la Terre pour marcher sur la surface lunaire. Tout est recouvert d’une épaisse couche de cendres, rendant le paysage monochrome.
De la vapeur s’échappe des fissures du sol. Des nuages et du brouillard nous entourent, parfois au point de ne voir que quelques mètres devant.
Le dôme n’est pas totalement stérile : des plantes aux feuilles géantes et des mousses vert‑jaune poussent mystérieusement dans la cendre.
Le dernier obstacle avant le sommet : une escalade verticale de 30 ft (≈ 9 m), avec nos sacs lourds et sans corde.
Le rocher que l’on pense saisir n’est en fait qu’un amas de cendre solide qui se désintègre dès qu’on y met du poids. Une vraie aventure !
Grâce à une concentration laser, des tests minutieux des prises et une communication fluide, nous avons atteint le sommet en toute sécurité.
En huit heures, notre groupe d’inconnus était devenu une équipe soudée, veillant les uns sur les autres.
Le sommet en valait‑il la peine ?
Après une journée épuisante tant mentalement que physiquement, la récompense était une vue à couper le souffle :
Oui, absolument !
Le volcan Santiaguito rugit comme un moteur à réaction lorsqu’il libère son énergie. Des cendres sont projetées à 200 m de hauteur, et des avalanches de roches dévalent un côté du cratère.
C’était incroyable ! L’éruption a duré entre 5 et 10 minutes.
Après avoir contemplé cette démonstration brute de la nature, nous avons allumé un feu avec du bois que nous avions emporté dans nos sacs.
Le crépuscule tombait, annonçant une nuit longue, froide et fascinante.
Lorsque le soleil s’est couché, des chauves‑souris ont commencé à piailler au-dessus de nos têtes.
Autour du feu, un whisky réchauffait nos muscles endoloris, quand le volcan a de nouveau explosé. Cette fois, l’obscurité rendait le spectacle invisible, mais une nouvelle surprise nous attendait…
Les explosions continuent
Quinze minutes après l’éruption, une pluie de cendres a commencé à tomber autour de nous : une véritable tempête de cendres ! Le vent a changé de direction, nous recouvrant d’une fine couche grise.
Les flocons de cendre reflétaient les faisceaux de nos lampes torches.
Nous étions épuisés, le whisky faisait effet, et les sept d’entre nous se sont entassés dans une tente prévue pour cinq personnes. Le sommeil était impossible toute la nuit.
Il faisait froid, humide, et nos voisins du cratère ont explosé deux ou trois fois de plus pendant la soirée.
Dormir à côté d’un moteur à réaction n’est pas une mince affaire.
Avons‑nous vraiment raison de faire cela ?
Le lendemain, à 5 h du matin, nous avons quitté le campement pour rejoindre le voisin du cratère.
Après une descente raide en rochers, nous sommes arrivés dans une petite vallée à côté de l’ouverture active.
De là, nous avons gravi le cratère même de Santiaguito ! Il pouvait entrer en éruption à tout moment, alors que nous étions dessus.
Bien que nous ne soyons pas sur le côté le plus sujet aux glissements, notre adrénaline était à son comble.
Les volcans restent imprévisibles, après tout.
Au bord du cratère, d’énormes panaches de soufre nous enveloppaient. Nous avons enroulé des bandanas autour du visage pour atténuer l’odeur âcre.
Se préparer au pire
Le brouillard matinal limitait notre visibilité du cratère. Crazy Charlie nous a expliqué que si le volcan éclatait sous nos pieds, il fallait s’allonger du côté opposé du bord du cratère, afin que les rochers projetés passent au-dessus de nous.
Heureusement, nous n’avons jamais eu à mettre ce plan à l’épreuve.
Il était temps d’emballer nos affaires et d’entamer le retour épuisant de huit heures vers la civilisation, en essayant d’enlever le maximum de cendres de nos vêtements.
Mise à jour du volcan Santiaguito
Neuf ans se sont écoulés depuis ma première ascension et mon campement près du cratère en 2010. Depuis, beaucoup de choses ont changé.
Le 17 juin 2016, le volcan a connu une éruption massive qui aurait facilement été mortelle si nous y avions été.
Face à l’augmentation de l’activité, les autorités locales interdisent désormais l’accès rapproché au volcan.
La meilleure option aujourd’hui est de grimper jusqu’au Mirador Santiaguito sur le volcan Santa Maria et d’observer l’action à distance. ★




