Récits de bikepackers : découvrir le monde depuis la selle
Imaginez traverser des pays, voire des continents, à deux roues. Inspirés par le livre culte Epic Bike Rides of the World, nous avons rassemblé les témoignages de trois blogueurs bikepackers chevronnés. Ils partagent leurs aventures les plus mémorables et leurs conseils d’expert pour quiconque veut prendre la route.
Leur verdict unanime ? Lancez‑vous. Une chose est sûre : vous vivrez l’aventure d’une vie.

La Pamir Highway : de Douchanbé à Bichkek
« Vous allez avoir le mal d’altitude, la nourriture est médiocre et les routes sont pires. » Voilà les avertissements reçus d’un cycliste vétéran avant mon odyssée de 2 000 km à travers les montagnes du Pamir, de Douchanbé (Tadjikistan) à Bichkek (Kirghizistan).
Deux mois plus tard – après avoir escaladé l’équivalent de plusieurs Everests, perdu 10 kg et combattu un parasite – j’ai atteint Bichkek. J’ai frôlé la frontière afghane, affronté des cols en gravier, campé auprès de yaks, survécu à une maladie explosive et savouré chaque instant.
Des sommets enneigés, des plateaux lunaires et des canyons profonds composent le paysage isolé et grandiose de la Pamir Highway, ponctué de communautés minoritaires colorées. N’oubliez pas d’emporter un filtre à eau fiable.

Quel a été votre plus grand défi sur la route ?
Rouler alors que je suis gravement malade. Une nuit, blotti parmi les rochers au bord de la Pamir Highway, j’ai craint de ne pas voir le jour. Six heures de vomissements et de diarrhée dignes d’un film d’horreur ont rendu les antibiotiques inutiles. Épuisé, déshydraté et isolé, j’ai quand même continué pour franchir des cols dépassant les 4 100 m.
Vaincre une infection intestinale sur les routes les plus rudes du monde, avec un vélo chargé à bloc, a été mon cauchemar le plus réel.
Conseils pour les voyageurs
« J’ai pété ! » Ces mots ont déclenché les rires de mon compagnon, marquant la fin d’un mois d’aventure en Asie centrale. L’humour est votre meilleur allié – ajoutez à cela des lingettes humides, des rations d’urgence et un filtre à eau.
Définition d’un « épique ride »
Un périple long et éprouvant sur un terrain à la fois impitoyable et spectaculaire, qui bouscule votre zone de confort et met votre santé mentale à l’épreuve à chaque étape.

Amsterdam à Venise
En été 2009, avec trois enfants de 4, 7 et 8 ans, nous avons parcouru à vélo les canaux d’Amsterdam jusqu’à la lagune de Venise.
En suivant les rivières pour profiter de voies plates et sans circulation – Rhin, Main, Tauber, Lech et Inn – nous avons traversé la Hollande et l’Allemagne avant d’atteindre l’Autriche. Les Alpes sont finalement arrivées, franchies par le col le plus bas, la Via Claudia Augusta, pour descendre en Italie jusqu’à Venise.
Les sentiers fluviaux et les panoramas alpins nous ont tenus en haleine, entre baignades au bord des rivières, pauses glace‑crème et camping sauvage. Points forts : nager au-dessus d’un village italien submergé, les cloches de vaches sur les plateaux autrichiens, le lagon scintillant de Venise et le Prosecco triomphal.

Quel a été votre plus grand défi sur la route ?
Tout : pousser une remorque remplie d’enfants sur des sentiers alpins en pierre, perdre du linge dans une laverie, affronter des conducteurs hostiles sans pistes cyclables, et réaliser trop tard que les vélos ne sont pas les bienvenus à Venise.
Conseils pour les voyageurs
Ne sous‑estimez jamais votre potentiel ni les détracteurs. Faites vos recherches, mais faites confiance à votre instinct. Planifiez audacieusement tout en prévoyant des solutions de repli. Deux semaines après le départ, débarrassez‑vous du superflu (gardez seulement le matériel médical et de réparation). Emportez du vin pour le réconfort ou les toasts.
Définition d’un « épique ride »
Un voyage plein de surprises, de diversité et de doutes. Vous ne savez pas si vous arriverez au bout, mais l’air frais, les paysages grandioses et le rythme du gravier vous poussent à avancer.

Le Grand Divide du Pérou : de Cuzco à Huaraz
Depuis 2003, mon mari et moi parcourons le monde à vélo. En 2013, un périple de deux ans et 32 000 km à travers les Amériques a renforcé notre passion pour le Pérou.
Nous avons suivi le Grand Divide péruvien – une arête hors‑route escarpée entre 4 000 et 5 000 m d’altitude – de Cuzco à Huaraz. Nos campements sous les étoiles offraient une vue sur le Huascaran (6 768 m) au coucher du soleil. Des fermes en adobe, des mines abandonnées et des lamas ponctuaient ce territoire sauvage.

Quel a été votre plus grand défi sur la route ?
Des sentiers brutaux à des altitudes vertigineuses. Nous avons passé la majeure partie du temps au‑dessus de 4 000 m, avec des cols culminant à 5 000 m, entre boue, rochers et pistes étroites. Les longues distances entre les points de ravitaillement nous ont obligés à porter des charges lourdes. Les averses d’après‑midi et la grêle nous ont parfois isolés, exposés aux éléments.
Conseils pour les voyageurs
Commencez simplement. Les excuses sont nombreuses – trouvez une raison d’avancer. Vous êtes plus résistant que vous ne le pensez ; chaque problème a une solution. Les difficultés forgent les meilleures histoires !
Définition d’un « épique ride »
Ça fait mal. Ça dépasse les limites. Les récompenses ? Des panoramas inédits, des habitants chaleureux et une fierté profonde d’avoir accompli l’exploit.




