Des destinations qui ont besoin de voyageurs pour faire la différence
Il semble que cela remonte à une autre vie, n’est‑ce pas ? Nous passions notre temps à préparer le prochain voyage, à comparer les prix des vols, à râler contre les applications de réservation, puis à chercher désespérément nos passeports avant de plonger dans l’effervescence des aéroports et de l’aventure. Aujourd’hui, si beaucoup d’entre nous attendent avec impatience de reprendre la route, de nombreuses destinations attendent elles aussi les voyageurs, et ce, désespérément.
Bien sûr, le tourisme a souffert de la pandémie de COVID‑19, mais certaines régions ont été plus touchées que d’autres. Les cinq lieux présentés ci‑dessous vous accueilleront lorsque les conditions seront sûres, et si vous voyagez avec conscience sociale et environnementale, vous pourrez laisser un impact positif sur les communautés locales et la faune – le tout sans les foules habituelles. Que vous rêviez de la splendeur incas du Machu Picchu ou de la faune exceptionnelle du Sri Lanka, la prochaine saison pourrait être la vôtre.
Lorsque les visiteurs seront autorisés à revenir sur le sentier Inca, vous pourriez partager le Machu Picchu avec la faune locale (Shutterstock)
1. Soutenir les porteurs et profiter d’un Machu Picchu sans foule, Pérou
Le COVID‑19 a eu un impact colossal au Pérou. En l’absence de touristes, guides, porteurs, personnel d’hôtels et vendeurs ont dû retourner chez eux, se contentant d’une agriculture de subsistance et de travaux ponctuels. Le pays a enregistré plus d’un demi‑million de cas et plus de 26 000 décès, entraînant confinements et suspension des vols internationaux.
Le sentier Inca d’une journée devrait rouvrir avant les longs treks, avec un quota de 120 personnes par jour au lieu de 250. L’accès au Machu Picchu pourrait être limité à 75 visiteurs par heure (750 par jour), contre environ 2 500 habituellement – une véritable révolution. Selon Paul Cripps, directeur d’Amazonas Explorer, les groupes seront composés de huit personnes accompagnées d’un guide, avec deux itinéraires fixes à l’intérieur du site.
« Si vous êtes en bonne forme, vous pouvez faire le trek en une journée, explorer les ruines en fin d’après‑midi et prendre le train de retour vers la Vallée Sacrée, en évitant la ville d’Aguas Calientes et les files d’attente », ajoute-t‑il.
Paul souligne que le tourisme traditionnel du type « tour des aéroports », où l’on passe d’un site à l’autre sans véritable immersion, ne sera plus attractif. Il encourage les voyages plus profonds, basés sur un seul point d’ancrage.
Pour avoir un impact positif, il faut aller au‑delà du simple prix. De nombreuses entreprises péruviennes sont informelles, sans licences, assurances ou protection du personnel. Paul a créé un projet GoFundMe pour envoyer des colis alimentaires aux porteurs, cuisiniers et muletiers qui ont perdu leur travail, et aide les guides à accéder à des fonds pour se reconvertir.
Vous pouvez soutenir ce projet ici.
Pêcheurs sur pilotis à Dalawella, à l’extrémité sud du Sri Lanka (Shutterstock)
2. Relancer le tourisme au Sri Lanka
Le Sri Lanka connaissait une renaissance touristique jusqu’aux attentats de Pâques 2019, puis la pandémie a tout effondré, laissant guides, artisans, vendeurs, hôteliers et gardiens sans revenu. « L’aide gouvernementale a été limitée, affectant profondément la dizaine de personnes sur dix qui dépendent du tourisme », explique Farzana Dobbs, conservatrice principale de Travel Gallery et propriétaire de Rosyth Estate House près de Kandy.
Le revers paradoxal est que l’afflux de touristes dans les parcs nationaux comme Yala a diminué, ouvrant la porte à la promotion de sites moins connus. Le Sri Lanka veut encourager les séjours plus longs, le « slow‑travel » et une immersion culturelle et gastronomique plus profonde.
Choisir des destinations comme le parc national Flood Plains, à 200 km au nord‑est de Colombo, ou opter pour des expériences animalières éthiques (éviter les spectacles d’éléphants) contribue à répartir les revenus. Séjourner dans des maisons d’hôtes gérées localement ou communautaires renforce cet impact.
Visiter le pays avec une perspective historique enrichit la compréhension de son identité. Des circuits comme ceux d’Urban Adventures offrent des visites culinaires mêlant les cuisines singhalaise, musulmane, tamoule et malaise, tandis que les plantations de thé certifiées Fairtrade permettent de vérifier les conditions de travail des cueilleurs.
Le Sri Lanka participe également à la campagne CleanSeas de l’ONU contre la pollution marine et interdit les plastiques à usage unique depuis 2018 ; les voyageurs sont invités à réduire leur propre consommation.
Un guépard regarde le ciel sombre du Kenya (Paul Goldstein)
3. Stimuler la conservation et le tourisme safari au Kenya
Le tourisme représente 8‑10 % du PIB kenyan et emploie près de deux millions de personnes. En juillet, le ministre du tourisme a indiqué une perte de 570 millions de livres sterling, soit la moitié du chiffre de 2019. La baisse du tourisme entraîne également une hausse du braconnage, les gardes étant moins nombreux.
Les vols internationaux ont repris le 1er août, mais le Royaume‑Uni recommande toujours d’éviter les voyages non essentiels. Paul Goldstein, photographe animalier et co‑propriétaire du Kicheche Bush Camp, souligne que le Masai Mara reste le meilleur endroit pour observer prédateurs et migrations, surtout dans les conservancies gérées à but non lucratif.
Le tourisme génère des fonds indispensables à la protection des réserves ; sans visiteurs, le braconnage augmente. Les voyageurs doivent adopter un comportement respectueux : rester à l’intérieur des véhicules, éviter les arrêts improvisés près des points de passage des animaux et suivre les consignes des guides.
Choisir des camps et lodges qui soutiennent activement la conservation et les communautés locales, surtout dans un contexte historique d’inégalités foncières, assure une expérience safari plus sereine et bénéfique.
Le sentier menant au camp de base de l’Everest critiqué pour le surtourisme
4. Voyager de façon plus consciente au Népal
Le printemps 2020 a été interrompu par le COVID‑19, entraînant la fermeture du Népal aux touristes internationaux. Des centaines de milliers de guides, conducteurs, porteurs, hôteliers et vendeurs ont perdu leurs revenus.
Raj Gyawali, expert en tourisme responsable et fondateur de SocialTours, indique que le Népal manque de soutien gouvernemental solide, laissant les acteurs du tourisme se débrouiller seuls. La pandémie offre cependant l’opportunité de repenser le secteur pour qu’il devienne « régénératif », c’est‑à‑dire laisser plus d’impact positif que négatif.
Les treks en montagne seront probablement parmi les premiers à redémarrer, offrant des itinéraires sans foule. Les visiteurs sont encouragés à s’informer sur les communautés locales, à respecter les cultures et à privilégier des expériences qui soutiennent les habitants.
En adoptant une approche immersive et respectueuse, les voyageurs contribuent à renforcer la résilience des destinations népalaises au-delà du simple aspect économique.
Les Remarkable Rocks dans le parc national Flinders Chase (Shutterstock)
5. Après les incendies : Kangaroo Island, Australie
En décembre 2019, des feux de brousse ont ravagé près de la moitié de Kangaroo Island, causant deux décès et laissant de nombreux habitants sans abri. La pandémie a retardé davantage la reprise.
Avec la réouverture progressive des voyages inter‑états, l’île se prépare à accueillir de nouveau les visiteurs. Craig Wickham, directeur d’Exceptional Kangaroo Island, souligne que le tourisme peut devenir un vecteur de conservation grâce à la science citoyenne. Des programmes comme le « Glossy‑black Cockatoo Recovery » invitent les voyageurs à rechercher les nids, à planter des arbres et à observer les besoins des oiseaux.
D’autres expériences mémorables incluent une journée avec la chercheuse en échidnés Dr Peggy Rismiller ou l’observation des dauphins avec Tony Bartram, incluant la surveillance des pods et la baignade en pleine mer.
Kangaroo Island offre des rencontres sans foule, que ce soit aux Remarkable Rocks du parc national Flinders Chase ou avec les otaries, koalas et kangourous emblématiques. Les voyageurs peuvent choisir des opérateurs qui soutiennent directement les projets de conservation, faire des dons ou participer à des programmes de volontariat comme BlazeAid, où l’on aide à la mise en place de clôtures.
En séjournant sur l’île, les visiteurs stimulent l’économie locale – vin, miel, figues, œufs, huîtres, marrons, pommes de terre, gin et bientôt les truffes – tout en limitant les fuites économiques grâce à la forte proportion d’entreprises locales.




