Pour vos compatriotes
Né à Wimbledon à l'époque où le tournoi se déroulait, les parents d'Omar Samra étaient persuadés qu'il deviendrait l'équivalent égyptien de Boris Becker. Malheureusement, son revers était médiocre et il n'a jamais atteint les sommets du tennis. Il a alors choisi l'aventure et est devenu le premier Égyptien – et le plus jeune Arabe – à gravir le mont Everest. Omar est également le premier Égyptien à réaliser le défi des 7 Summits, c'est‑à‑dire à escalader le plus haut sommet de chaque continent. Le 5 décembre 2013, il a été sélectionné comme astronaute, devenant ainsi le premier Égyptien à aller dans l'espace en 2015.
Nous l'avons interviewé pour parler d'expéditions neutres en carbone, du « Type Two fun », de son « Adventure Grand Slam » (les sept plus hauts sommets et les deux pôles) et de l'importance d'accomplir ce que personne dans son pays n'a encore fait.
Pourquoi les Égyptiens ne se lancent‑ils pas davantage dans l'aventure?
Historiquement, les Égyptiens restent près du Nil, source de vie dans un environnement aride. Cette proximité a limité l'envie d'explorer au‑delà de nos frontières. Avant la révolution de 2011, nous avions de nombreux blocages mentaux : manque de confiance en nos capacités à changer notre destin. Depuis 2011, les rêves personnels gagnent du terrain, ouvrant une nouvelle génération plus audacieuse.
Financer mon expédition Everest en 2007 a nécessité 15 mois de réunions et de présentations pour convaincre quelqu’un de la valeur d’un tel projet. J’ai failli abandonner à quelques jours du départ. Il faut souvent une personne qui croit en vous pour persévérer. Aujourd’hui, grâce à mon agence d’aventure Wild Guanabana, je constate un engouement croissant pour les voyages hors des sentiers battus et pour le fitness axé sur l’endurance plutôt que sur la masse.
Le message que je veux transmettre
À travers mes expéditions, je veux inciter les gens à repenser leurs choix de vie. Dans notre région, la pression sociale impose un chemin tout tracé. Si un enfant asthmatique peut gravir Everest, alors tout le monde peut atteindre ses objectifs. Il faut prendre des risques, rêver, comprendre que l’échec fait partie du succès et que le chemin le plus long est souvent le plus enrichissant. Ne laissez pas les sceptiques définir vos limites.
Comment j’ai transformé mon rêve d’Everest en réalité
Après mon ascension, de nombreux Égyptiens m’ont demandé de les aider. Peu étaient réellement engagés; la plupart cherchaient des raccourcis. Ma méthode a été de décomposer le grand objectif en étapes plus petites, chaque victoire alimentant la motivation. L’amour de la nature et le désir de repousser mes limites physiques et mentales ont été les moteurs essentiels.
Pourquoi une expédition 7 Summits neutre en carbone?
Le but était de sensibiliser à notre empreinte carbone. La neutralité carbone commence par la réduction : adopter un mode de vie plus durable. Ensuite vient la compensation : calculer les émissions impossibles à éliminer et acheter des crédits carbone. J’ai collaboré avec un cabinet environnemental pour mesurer les émissions de chaque expédition et choisir les projets de compensation les plus pertinents.
Le « Type Two » fun
Le terme m’était inconnu, mais il décrit parfaitement mes expériences : la souffrance sur le terrain, suivie d’une admiration rétrospective. Les moments de douleur sont entrecoupés d’instants magiques qui donnent un sens profond à l’aventure, apportant clarté, appartenance et un sentiment de but.
Le défi le plus difficile
Apaiser le mental qui doute de vos capacités, surtout quand le froid devient insoutenable. J’ai appris à me concentrer sur le simple fait de placer un pied devant l’autre. Le financement reste également un obstacle majeur dans notre région.
Préparation au Grand Slam d’aventure
Les entraînements polaires diffèrent surtout par la résistance aux éléments. Je partage mon temps entre Le Caire, Dubaï et la Norvège pour la formation de survie polaire. Physiquement, je pratique le HIIT (High‑Intensity Interval Training) pour améliorer mon VO₂ max et ma tolérance au lactate, cruciales en haute altitude.
Le rôle du sponsoring
Le sponsoring est indispensable pour les expéditions en zones isolées, où les ressources locales sont limitées et le soutien gouvernemental rare. Il faut trouver des partenaires dont les valeurs correspondent aux nôtres. Des aventures plus modestes peuvent toutefois être autofinancées.
Équipement recommandé
Mountain Hardwear pour les vêtements et tentes, Black Diamond pour le matériel technique, et Forty Below pour les bottines et sur‑bottes de camp.
Être le premier Égyptien à réaliser ces exploits
Je ne suis pas un explorateur au sens traditionnel, mais être le premier Égyptien ou Arabe à atteindre un sommet ouvre la voie à d’autres. Depuis mon ascension, des enfants de sept ans me disent qu’ils veulent faire pareil. J’espère que, dans ma vie, d’autres dépasseront mes accomplissements.
Vers l’espace : le défi mental
Gagner la compétition mondiale parmi 2 millions de candidats a nécessité polyvalence, chance et résilience. Les tests incluaient des simulateurs de G‑force, des vols en gravité zéro et des épreuves physiques. Le vol réel en 2015 sera surtout une question de tolérance aux forces G, mais la vraie difficulté réside dans l’incertitude inhérente aux débuts du tourisme spatial.
Qu’est‑ce qui me pousse à l’aventure?
Je recherche la beauté, la quiétude et une clarté d’esprit impossible à trouver ailleurs. Chaque expédition m’aide à grandir, à devenir la meilleure version de moi‑même, et à laisser le monde un peu meilleur.




