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Un homme en mission… pour les carreaux

Il n'y a pas d'arrêt possible pour un homme en mission… pour les carreaux de cuisine. Le consultant en marketing artistique et passionné de design Steve Rogenstein explore Séville et Lisbonne à travers les céramiques murales.

SEVILLE et LISBONNE – Mon compagnon rêvait d’habiller le rebord de la fenêtre de son appartement du West Village avec des carreaux antiques pittoresques. Nous avions déjà vu quelques pièces en Italie et dans le nord de l’État de New York, mais aucune ne correspondait à son goût raffiné : un mélange de cultures locales et de minimalisme. Il nous fallait un carreau élégant, chargé d’histoire, avec du caractère. Lors d’un voyage d’affaires à Séville et à Lisbonne (sans mon compagnon), j’ai trouvé exactement cela, et bien plus encore.

Un homme en mission… pour les carreaux

Séville, centimètre par centimètre

À Séville, j’ai été émerveillé par la splendeur de la ville : les bancs du parc le long du Guadalquivir, les palmiers ibériques, les bougainvilliers magenta, le pont à cintres de Calatrava, le Metropol Parasol de J. Mayer H., et le Real Alcázar, joyau d’une histoire glorieuse. Au Xe siècle, le premier calife d’Andalousie y érigea une forteresse, puis les successeurs ajoutèrent annexes et étages, jusqu’à devenir l’un des palais royaux d’Espagne.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le Real Alcázar est un exemple magistral d’architecture mudéjar, mêlant roman, gothique, Renaissance et influences islamiques. L’ornementation la plus frappante est sans doute le travail de plâtre et les carreaux colorés qui recouvrent colonnes, encadrements de portes et plafonds à caissons. On y trouve des carreaux incrustés dans les allées, soulignant arches et périmètres, voire peints de scènes bacchanales, créatures mythiques, personnages historiques ou paysages pastoraux.

Un homme en mission… pour les carreaux

En flânant dans les ruelles pavées médiévales, je suis tombé sur la boutique antique Populart. Leonardo, son propriétaire convivial de 35 ans, m’a expliqué l’histoire des carreaux andalous. Avant le XVe siècle, les artisans du quartier voisin de Triana étaient réputés pour leurs azulejos. Le terme vient de « azul de lejos », signifiant que les carreaux bleus se distinguaient à distance. Leur technique de corda seca consistait à appliquer des bandes de cire, de graisse ou de chanvre sur la terre cuite, permettant d’utiliser plusieurs émaux de couleur sur une même pièce, imitant le rendu des mosaïques. Séville se distinguait par quatre couleurs principales : l’ocre (terre), le vert (arbres), l’azur (ciel) et un brun noirâtre pigmenté au manganèse (ombres). Après une heure d’hésitations, je me suis arrêté sur trois paires de carreaux du XVIIᵉ siècle, mais il me fallait d’abord connaître les dimensions du rebord.

Un homme en mission… pour les carreaux

Le lendemain, armé des mesures (22 cm × 86 cm), je suis retourné chez Populart. La réalité a été brutale : aucune configuration ne permettait d’ajuster ces carreaux au rebord. Leonardo m’a alors conduit dans une arrière‑salle remplie d’armoires contenant de petites pièces. Malgré un meilleur ajustement, aucune ne rivalisait avec les pièces que je convoitais. Finalement, j’ai sorti ma carte bleue et acheté les trois paires, craignant de regretter de ne pas les retrouver ailleurs. Ma compagne portugaise m’a rassuré : les carreaux antiques sont courants à Lisbonne.

À Lisbonne, la chasse continue

Lisbonne ressemble à l’Europe d’il y a quarante ans, alliant charme d’antan et commodités du XXIᵉ siècle. Perchée sur sept collines, entourée par le Tage et l’océan, la ville regorge de parcs, de cafés en plein air, de street‑art, de boutiques de jeunes créateurs, de restaurants novateurs et de quartiers offrant shopping de luxe, culture, bars, discothèques, fado et vie nocturne gay.

Et les carreaux ! Partout, les façades s’illuminent de carreaux verts iridescents, de carrés blancs ornés de fleurs de lys bleues, d’ocre traversé de rouge, de polygones turquoise ponctués de cercles noirs, de zigzags jaunes tournesol, de motifs floraux multicolores, de spirales, de vents, d’étoiles et de chevrons. Un véritable feu d’artifice visuel.

Un homme en mission… pour les carreaux

Pour trouver les carreaux du rebord de Tomas, on m’a recommandé la Feira da Ladra (« Marché des voleuses »), le marché aux puces du quartier Alfama, ouvert les samedis et mardis. Une amie locale m’a accompagnée. Après plusieurs stands trop chers, nous avons découvert un étal proposant une large sélection de motifs traditionnels bleu‑blanc. J’ai acheté huit carreaux pour 30 €, puis je suis parti à la recherche de bordures.

Un homme en mission… pour les carreaux

De retour à Principe Real, nous avons pénétré dans Solar Antiques, véritable temple du carreau. Au sous‑sol, des rangées infinies de pièces étaient classées par siècle, Art déco, Art nouveau, du XVe au XVIIIᵉ siècle. Certaines se vendaient à plus de 100 € l’unité. Le patio extérieur était jonché de statues de lionnes, de bustes de personnages illustres, de colonnes ioniques tombées et de bassins de fontaine, entourés de milliers de carreaux stockés dans des caisses en bois, chaque caisse affichant un échantillon à l’avant.

Un homme en mission… pour les carreaux

Avec vingt minutes avant la fermeture, nous avons disposé les trouvailles du marché et simulé deux bordures : un motif floral ondulé et une bande double bleu très masculine. Après une longue délibération, j’ai choisi la bande double bleu. Mes pièces du XVIIIᵉ siècle, soigneusement emballées, étaient prêtes. Mission accomplie : les carreaux parfaits pour le rebord de Tomas, accompagnés d’un morceau d’histoire portugaise.


TROUVER LES CARREAUX

À Séville
Real Alcázar de Sevilla
Patio de Banderas, s/n
+34‑954‑502‑323
direccion@patronato-alcazarsevilla.es

Populart
Pasaje de Vila, 4
Barrio de Santa Cruz
+34‑661‑767‑131
populart@hotmail.com

À Lisbonne
Feira da Ladra
Campo de Santa Clara, Alfama
Tram 28 – arrêt São Vicente
6 h–17 h, samedis et mardis

Solar Antiques
Rua de Pedro V, 68‑70
+35‑121‑346‑55‑22
solar@mail.telepac.pt

ET ENCORE...

Visite design à Mexico City
Tour d’architecture à Montréal
Douanes colombiennes

Photo : Metropol Parasol, LWY / Flickr ; Lisbonne sur l’eau, Pedrosimoes7 / Flickr ; toutes les autres photos par Steve Rogenstein.


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