Un détour inattendu vers la Plaine des Jarres
Quand on voyage, on commence toujours avec un itinéraire, même si on s’en écarte rarement. Suivre les routes classiques du nord au sud ou d’un hub à l’autre est logique pour la plupart des déplacements.
Mais parfois une page de guide suscite l’imagination et pousse à un détour improvisé. C’est exactement ce qui s’est passé lors d’un déjeuner à Luang Prabang, perle coloniale française du Laos. En feuilletant mon guide, je suis tombé sur la Plaine des Jarres, un plateau parsemé d’immenses jarres de pierre antiques. Le mystère m’a immédiatement captivé.

L’archéologue française Madeleine Colani a redécouvert le site en 1930, y déterrant os, dents et fragments de poteries. Ces jarres de l’âge du fer, datées entre 500 av. J‑C et 200 ap. J‑C, peuvent atteindre 3 m de haut et peser de 650 kg à une tonne. Leur fonction reste inconnue, rappelant le mystère de Stonehenge ou des moaïs de l’île de Pâques. C’était le voyage à l’état pur : une découverte brute.
Nous avons donc accepté le détour, ajoutant deux jours supplémentaires sur les routes sinueuses du Laos. Destination : la province de Xiang Khouang et les jarres près de Phonsavan, le petit centre poussiéreux de la région.
Les larges avenues de Phonsavan, les blocs de l’ère soviétique, les tas de gravats, les ateliers de réparation et les modestes cantines évoquaient un poste avancé mongol. Des motards masqués par la poussière filaient entre les chantiers en cours, signe d’une prospérité future. Nous en sommes immédiatement tombés amoureux.
Phonsavan nous a séduit dès le premier instant.
Après nous être installés dans un hôtel sans prétention, nous avons été attirés par la musique du Nouvel An Hmong. Ce groupe ethnique d’origine chinoise du sud‑est, installé dans les hautes terres laotiennes au XVIIIᵉ siècle, forme l’une des plus grandes communautés Hmong du monde. Un terrain de gravier voisin était envahi de festivaliers vêtus de couleurs vives, célébrant la récolte avec danse, repas et foires qui peuvent durer jusqu’à 40 jours.
Après avoir discuté avec des jeunes Hmong pratiquant l’anglais et pris quelques photos, nous avons organisé une visite guidée des jarres. Le site 1 est accessible librement, tandis que les sites 2 et 3 nécessitent un guide à cause de la distance et de la présence résiduelle de mines antipersonnel.
Légendes et théories : Géants ou urnes funéraires ?
Le folklore lao parle de géants antiques. Les chercheurs, eux, envisagent que les jarres servaient d’urnes funéraires, de réservoirs d’eau de pluie ou de contenants pour le whisky lao‑lao. Beaucoup sont endommagées : réutilisées pour la construction ou bombardées pendant la « Guerre secrète » américaine. L’inscription au patrimoine UNESCO attend le déminage complet, une tâche coûteuse menée par des organisations comme le MAG.

Notre guide prédit un afflux touristique après l’UNESCO. Les trois sites s’étendent sur de vastes zones : le site 3 compte 150 jarres et se trouve à 35 km, le site 2 en possède 90, et le site 1 en rassemble environ 250.
Arrêt whisky lao‑lao
En longeant les chemins de terre, nous avons traversé des rizières pour atteindre le sommet du site 3, où 150 immenses jarres défient toute explication. Comment ont‑elles été extraites, transportées et placées ? Les mystères nourrissent les légendes de géants.
Les jarres varient de la taille d’une voiture à celle d’un barbecue. Le site 2 offrait 90 jarres et des panoramas ruraux à couper le souffle. Avant le déjeuner, nous avons visité une modeste « fabrique » de lao‑lao : fûts, chiens, et une matriarche souriante montrant le procédé de distillation.
Jeu high‑tech Hmong : le Pov Pob
Après quelques verres de whisky, nous sommes arrivés au site 1, où la foule du Nouvel An jouait au Pov Pob – un « speed dating » Hmong où des balles de tennis sont lancées entre hommes et femmes en tenue traditionnelle. Attraper la balle signifie intérêt ; la laisser tomber, refus.
Des adolescentes ont admiré la chevelure blonde de notre compagne, l’invitant à danser. Elle a préféré les photos. Même là, les smartphones se glissaient dans les poches brodées, envoyant des messages au cœur de la tradition.
Les jarres impressionnaient, rappelant l’émerveillement de l’âge de pierre.
Conseils pratiques pour la Plaine des Jarres
Les tours sont omniprésents ; comparez les offres. Certains incluent le contexte de la Guerre secrète, d’autres la vie Hmong. Consultez le site officiel de Xiang Khouang pour plus d’informations.
Phonsavan : points forts
À ne pas manquer
Nuitée obligatoire. Assistez à la projection « Bomb Harvest » du MAG, qui traite de l’héritage des mines antipersonnel (200 000 restent en place). Parcourez le marché quotidien coloré où l’on trouve des viandes exotiques (chauves‑souris, écureuils) – une immersion culturelle pour les audacieux.

Hébergement : auberges d’environ 12,50 $ US la nuit ; options milieu de gamme avec Wi‑Fi pour les voyageurs exigeants.
Restauration : Nisha Indian (options occidentales, bon marché, populaire). Craters Bar (occidental, Wi‑Fi). Kong Keo (cuisine laotienne).
Comment s’y rendre : bus depuis Luang Prabang ou Vientiane. Consultez Wikitravel pour les horaires.




