Le Roctrip Petzl – Turquie
Une traversée nocturne dans le chaos
Les faibles phares de notre voiture de location peinaient à percer l’obscurité du chemin. Entre le filet pâle sur l’asphalte et le halo vert du tableau de bord, chaque kilomètre semblait nous renvoyer de quelques décennies en arrière, comme si chaque nids-de-poule nous arrachait quelques années de notre jeunesse.
Des chiens sauvages, des fossés, des blocs de béton jetés çà et là et des hangars en tôle ondulée bordaient la route. Le conducteur, épuisé, s’écria : « Ça ne peut pas être vrai, Neil ! » à son navigateur, le célèbre grimpeur Neil Gresham, dont le charisme et les biceps sont légendaires dans le milieu de l’escalade. Neil, lui, répondit, à moitié endormi : « Je cherche des panneaux « Cha‑ki‑la », « chi‑ka‑li », je ne sais plus… »
Au fond, deux des meilleurs grimpeurs britanniques, Leah Crane, double championne nationale, et Steve McClure, figure de l’escalade sportive, luttaient contre le sommeil. Le volant en faux‑cuir vibrait, la boîte de vitesses grinçait tandis que nous nous engagions à nouveau dans l’obscurité.
Escalade à Hörgüç Mağara
Le soleil brûlant rendait les roches glissantes, mais sous l’ombre d’une falaise nommée Hörgüç Mağara, quelques centaines de mètres de la mer et surplombant les ruines d’Olympos, un groupe de grimpeurs d’élite se rassemblait. Les tufas, semblables à des colonnes grecques, parsemaient la paroi calcaire, offrant les prises idéales pour une journée d’escalade.
Après une courte pause, nous avons repris la route de gravier qui secouait la suspension comme les prises de Geyikbayırı, avant d’atteindre un petit café de montagne où un immense théière décoratif et des grenades en piles attendaient les voyageurs épuisés. Le thé sucré a rapidement redonné de l’énergie à nos doigts engourdis.
Vers Trebenna et Citdibi
Le sentier menait à Trebenna, un secteur mythique de Geyikbayırı. Après une traversée de rochers glissants et un ruisseau chantant, nous avons atteint les grottes massives où Leah Crane s’est retrouvée à l’envers sur une séquence f8a+. Les caves offrent des angles variés, forçant grimpeurs à des positions inattendues, où un simple mouvement du talon peut procurer un repos précieux.
Plus tard, Tobias Haug, expatrié allemand, nous a parlé de Citdibi, « le futur de l’escalade difficile en Turquie ». Nous avons suivi un convoi jusqu’à une gorge étroite, découvrant des tufas monumentaux et des fissures verticales de plus de trente mètres. L’ambiance était électrisante, les encouragements résonnaient dans plusieurs langues.
Une halte à Sarkit
Sarkit, réputé comme un « suntrap », nous a offert une grimpe sous un soleil d’automne quasi hivernal. Après une montée ardue, nous avons atteint le sommet, essoufflés mais satisfaits, profitant d’une vue bleu azur sans nuage.
Repos, nourriture et marché local
De retour au camp, nous avons découvert des stands en bois vendant des produits locaux : gozleme, fruits frais, noix et jus. Ces pauses alimentaires sont essentielles pour la gestion de la peau et la récupération musculaire après des journées d’escalade intenses.
Le soir, autour du feu de camp, nous avons dégusté des kebabs turcs cuits à la flamme, tandis que les rires et les conversations remplissaient l’air. Malgré la fatigue, l’énergie collective nous poussait déjà à planifier la prochaine aventure.




