Vie sur l'eau : découvrir le village flottant du lac Tonlé Sap au Cambodge
Les marchés flottants animés de Bangkok, avec leurs produits colorés sur des barques glissant le long des canaux, nous ont profondément marqué. En entendant parler des villages entiers qui vivent sur l'eau au Cambodge, nous avons décidé de les visiter. Nous nous attendions à des maisons sur pilotis près du rivage, mais nous avons découvert quelque chose de bien plus surprenant.
Au lieu de cela, nous avons trouvé une communauté bouillonnante sur le lac Tonlé Sap, le plus grand lac d'eau douce d'Asie du Sud‑Est, assez vaste pour ressembler à une mer intérieure. Un trajet en bateau de 20 minutes le long d'un affluent nous a menés au village ; pendant la saison des pluies, ce parcours double de longueur pour les habitants qui doivent rejoindre la terre ferme.
Le lac Tonlé Sap, un phénomène remarquable
Le lac Tonlé Sap
La plupart des villages flottants cambodgiens se regroupent autour du lac Tonlé Sap, un cours d'eau unique qui gonfle et se rétrécit drastiquement selon les saisons. De juin à octobre (saison des pluies), les crues du Mékong l’inondent jusqu’à 16 000 km² et 9 m de profondeur. De novembre à mai (saison sèche), il se rétracte à 2 700 km² et 1‑2 m de profondeur, le flux s’inversant vers le Mékong.
Ces variations ont poussé les familles de pêcheurs à adopter des habitations flottantes capables de s’ajuster aux niveaux d’eau.

En saison des pluies, de vastes étendues sont submergées ; en saison sèche, les villages se resserrent le long du rivage.
Une pêche qui nourrit le pays
Le Tonlé Sap figure parmi les plus grandes pêcheries intérieures du monde, produisant chaque année plus de 400 000 t de poisson, avec plus de 220 espèces différentes, et assurant la subsistance de 3 millions de personnes.
Le quotidien sur l’eau
Alimenter 3 millions de personnes en poisson nécessite un effort constant de la part des pêcheurs. Environ 80 000 habitants vivent en permanence dans 170 villages flottants. Contrairement à de nombreux emplois cambodgiens, la pêche offre un revenu régulier, mais elle est dangereuse : les sorties au centre du lac durent plusieurs jours, les semaines en mer sont rudes, avec peu de nourriture et de nombreux risques. L’espérance de vie moyenne d’un pêcheur est de 54 ans.
Malheureusement, beaucoup ne reviennent jamais, ce qui pousse les villages à gérer des orphelinats flottants.
Les enfants vivent également des conditions difficiles : 12 % meurent avant cinq ans à cause du manque de soins, de la malnutrition et de conditions de vie précaires, bien que le poisson représente 65 % des protéines du Cambodge. La consommation de fruits et légumes reste limitée, les revenus des ménages étant inférieurs à 500 $ par an.
Chong Khneas, la communauté que nous avons visitée (5 800 habitants répartis sur sept villages), inaugurait son premier hôpital flottant, l’un des plus grands du pays.
Toutes les activités nécessitent un bateau : transport des enfants à l’école, matchs de basket (oui, il y a un terrain flottant !),
les maisons autonomes possèdent des jardins flottants et des enclos pour chèvres, porcs et poules.
Les chiens s’adaptent à la vie sur l’eau et sont faciles à repérer lorsqu’ils s’échappent.
Le village compte trois stations‑service, cinq écoles, sept grossistes en poisson et quatre bars karaoké – la musique étant une véritable passion nationale.
Les supermarchés et marchés flottants rappellent ceux de Thaïlande, les vendeurs ramenant les produits à la porte des habitants.
Les vêtements sèchent malgré l’humidité, même si l’espace reste restreint.
Les pêcheurs vendent leurs prises sur les marchés ;
les réparations s’effectuent à flot.
Les sourires des enfants illuminent le paysage, même si leur avenir ressemble à celui de leurs pères.






