Valais : quatre jours, quatre saisons
Jour 1 – Lever du jour et panorama sur les Dents du Midi
À 4h30 du matin, le réveil se transforme en magie. Nos bottes s’enfoncent dans l’herbe brumeuse, guidées par le faisceau de nos lampes frontales. À chaque pas, la montagne s’éveille un peu plus, s’étirant vers les teintes pastel d’un lever de soleil qui colore l’horizon. Au loin, les sommets de La Pointe de Bellevue s’étalent en cercle, majestueux – et si le nom même signifie « Belle Vue », c’est qu’il n’y a pas mieux.
Nous venons d’arriver dans le Valais, canton alpin du sud‑ouest de la Suisse, qui abrite le Dufourspitze, le plus haut sommet du pays (4 634 m). Nous sommes déjà à plus de 2 000 m, au cœur de la région des Dents du Midi, où le panorama à 360° s’étend jusqu’au Mont Blanc. Ce matin, les vaches sont plus nombreuses que les humains, toutes tournées vers le soleil comme nous. Bien que nous soyons à la fin août, l’air est encore frais, rappelant les premiers jours du printemps.
En hiver, les stations de Les Portes du Soleil attirent skieurs et snowboardeurs ; en été, Champéry, Val‑d’Illiez, Les Crosets, Champoussin, Troistorrents, Morgins et Torgon forment un véritable paradis pour randonneurs et VTTistes. Du côté français, les stations sont dominées par de grands immeubles, tandis que le côté suisse reste fait de villages pittoresques.
En descendant la colline pour le petit‑déjeuner, nous suivons les vaches qui tintent leurs cloches. Elles savent qu’il est exactement 7h30 et se dirigent d’elles‑mêmes vers la salle de traite. Sur les tables en bois, une variété de fromages du Valais nous attend, accompagnée d’une fondue réputée plus crémeuse que celle de l’autre côté de la frontière. Mais la chaleur du jour nous pousse à laisser le fromage au frais, sinon il deviendrait une fondue improvisée dans nos sacs.
Jour 2 – Pluie, myrtilles et croix en bois
Le lendemain, des nuages sombres s’accumulent au-dessus du Dent de Nendaz, surprenant même les locaux. Le Valais bénéficie d’environ 300 jours de soleil par an, mais même sans soleil, le lac noir (Lac Noir) et les 4 Vallées offrent un décor impressionnant. Nous enfilons nos pulls et continuons la randonnée, ponctuée de buissons de myrtilles sauvages qui offrent des encas sucrés.
Lorsque les premières gouttes touchent nos vestes, l’air prend des notes automnales. Le sommet, surmonté d’une croix en bois massive, fascine notre photographe écossais tandis que notre compagnon allemand la trouve banale. Le bruit de la pluie s’estompe rapidement en redescendant, où un rocher géant sert de table de pique‑nique à côté de la forêt de Balavaux, célèbre pour ses mélèzes centenaires. Le fromage dans nos sandwichs reste frais, et nous savourons les spécialités locales.
Après le coucher du soleil, nous rejoignons des amis pour une raclette au feu de bois.
Jour 3 – Le glacier d’Aletsch sous le brouillard
« Au XVIIᵉ siècle, le glacier d’Aletsch était bien plus grand », raconte David Kestens, habitant de l’Aletsch Arena, alors que nous avançons dans une épaisse brume. Les rochers, drapés de multiples nuances de gris et de vert, donnent l’impression d’être sur une autre planète. Le glacier, qui devrait se trouver à nos pieds, est aujourd’hui caché par les nuages.
David explique que les inondations causées par les chutes de blocs de glace avaient autrefois poussé les villageois à prier le Pape. Aujourd’hui, le glacier, long de 20 km et contenant 10 milliards de tonnes de glace, est un site du patrimoine mondial UNESCO, mais il recule, ce qui inquiète les habitants qui souhaitent le voir regagner du volume.
Alors que le brouillard se dissipe, une illusion de Fata Morgana révèle le glacier, comme si la nature venait de le replacer dans la vallée. Nous remontons nos vestes, la température chute, et l’hiver s’installe.
Nous sommes impressionnés par les grottes gigantesques et les fragments de glace qui tombent encore des parois. Le glacier avance d’environ 200 m par an, tout comme nous, qui passons notre temps à toucher les parois glacées et à laisser filer de la glace entre nos doigts, comme dans un cocktail alpin.
David recommande un « Käseschnitte », pain grillé avec jambon et fromage fondu, accompagné d’un œuf au plat. Il assure que le fromage du Valais est le meilleur, même si le soleil reste caché.
Jour 4 – Neige en août à Saas‑Fee et ascension de l’Allalinhorn
Le dernier jour, le craquement sous nos pas sur la neige nous rappelle que, malgré le mois d’août, la montagne a ses propres règles. La veille, il a neigé à Saas‑Fee, un phénomène très rare. La station, entourée de 18 sommets de 4 000 m, offre un panorama époustouflant sous un ciel d’un bleu éclatant.
Nous prenons le téléphérique Metro Alpin jusqu’à 3 500 m, puis partons en crampons vers l’Allalinhorn (4 027 m). L’ascension, bien que rapide grâce au téléphérique, exige concentration et énergie – surtout après un petit‑déjeuner copieux de pain aux noix et de muesli Bircher. Arrivés au sommet, nous avons l’impression d’avoir conquis l’Everest et le K2 en une journée.
En contrebas, le village sans voitures de Saas‑Fee charme par ses maisons en bois et ses chalets sur pilotis. L’air y est limpide, et la gastronomie locale, du restaurant tournant le plus haut du monde au Mittelallalin à la table à fond de verre au-dessus d’un ravin, célèbre l’environnement alpin.




