Parker Clay : créer un changement concret pour les femmes en Éthiopie
Après avoir vécu en Éthiopie et adopté deux filles de la capitale, les fondateurs de Parker Clay ont été inspirés à créer une marque de maroquinerie dont la mission unique est de fournir des emplois aux femmes survivantes de la traite des êtres humains. Ian et Brittany Bentley nous racontent leur entreprise et ce qui les a motivés à la lancer.
Parlez‑nous de l’entreprise
Parker Clay est une société de maroquinerie née avec l’objectif d’offrir des emplois à des femmes vulnérables, sortant de la traite en Éthiopie. Le pays, riche d’une tradition de cuir de qualité depuis l’époque des pharaons et d’épices précieuses comme l’encens, le benjoin et la myrrhe, fournit le cuir que nous sélectionnons soigneusement pour garantir la meilleure qualité. Nous respectons, voire dépassons, les pratiques du commerce équitable : nous achetons directement auprès d’agriculteurs ruraux et collaborons avec des tanneries traditionnelles qui perpétuent un savoir‑faire séculaire. Nous intervenons à chaque étape du processus de production. À Addis‑Abeba, nous sommes passés d’un seul artisan et d’une machine à coudre à une équipe de plus de vingt artisans dans notre propre atelier. Nous travaillons également avec d’autres artisans à travers l’Éthiopie pour les articles tissés, les chaussures et les bijoux.
Qu’est‑ce qui vous a inspirés à créer Parker Clay ?
En 2008, un chiffre nous a profondément marqués : le nombre d’enfants orphelins dans le monde, estimé à 163 millions. Ce constat alarmant nous a poussé à nous poser la question « et si ? » pour nos propres enfants, Parker et Clayton. Nous avons alors entrepris notre voyage en Éthiopie. En 2011, nous avons accueilli notre fille éthiopienne Selah, alors âgée de cinq mois. Sur place, nous avons rencontré plusieurs organisations cherchant à s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté et de la rupture familiale. Nous avons rapidement décidé de nous installer en Éthiopie pour travailler au développement d’emplois et à la montée en compétences des femmes en situation de vulnérabilité.
Quel était votre parcours avant cela ?
Nous vivions à Santa Barbara et travaillions dans l’immobilier. Depuis la création de Parker Clay, nous sommes retournés en Californie, où nous élevons nos cinq enfants (dont deux adoptés en Éthiopie) et où nous avons repris une activité immobilière. Cette source de revenu nous permet de laisser Parker Clay se financer sans puiser dans les bénéfices pour subvenir à nos besoins.

Fondateurs Ian et Brittany Bentley avec quatre de leurs cinq enfants.
Qui bénéficie de votre travail ?
On estime que plus de 150 000 femmes à Addis‑Abeba sont impliquées dans la prostitution, parfois rémunérées à peine 0,10 $ par client. Nombre d’entre elles sont exploitées et ne sont même pas payées.
Nous avons lancé Parker Clay grâce à notre capacité à voir des opportunités là où d’autres ne voient que des problèmes. En vivant en Éthiopie, nous avons côtoyé directement des femmes vulnérables prises dans le commerce sexuel. Nous nous sommes associés à Women At Risk (WAR), une organisation présente dans tout le pays qui aide à la réhabilitation et à l’insertion professionnelle. WAR intervient dans les rues, offre aux femmes la possibilité de reconstruire leurs vies ; plus de 94 % des diplômées de leur programme ne retournent jamais à la prostitution. Nous partageons les mêmes valeurs fondamentales : une entreprise peut accomplir de grandes choses au‑delà de ses produits ou services. Ce partenariat était donc une évidence.
Quelles sont les difficultés de travailler avec des partenaires en Éthiopie ?
La distance. Lorsque nous vivions sur place, il était beaucoup plus simple de suivre le processus de production, de contrôler la qualité et d’ajuster les modèles. Aujourd’hui, chaque nouvelle collection doit attendre plusieurs semaines avant d’arriver, ce qui nécessite une planification rigoureuse.

Le tote emblématique de Parker Clay, couleur marron.
Un moment de « lost in translation » avec vos partenaires ?
Paradoxalement, notre plus gros quiproquo s’est produit à la douane de l’aéroport international de Los Angeles. Nous attendions une cargaison de sacs en cuir de chameau, mais l’équipe éthiopienne avait estampillé « camel » sur les cartons. Les douanes américaines, alarmées à l’idée de transporter du cuir de chameau, ont retenu l’envoi pendant près d’un mois et demi. Aujourd’hui, nous en rions, même si la situation était assez cocasse.
À quelle fréquence retournez‑vous en Éthiopie ?
Nous avons vécu trois ans en Éthiopie et, malgré notre désir de rester, nous avons dû repartir à Santa Barbara pour des raisons de santé de notre fille. Nous nous engageons à visiter le pays chaque trimestre afin de vérifier nos ateliers et de retrouver les personnes qui nous sont chères.
Qu’est‑ce qui vous séduit le plus en Éthiopie ?
Rien ne rend justice à la richesse de l’expérience sur place. C’est pourquoi nous sommes heureux de proposer une série de vidéos en réalité virtuelle à 360 °, filmées lors de notre séjour. Nous voulons offrir à nos clients la sensation d’être à nos côtés, de découvrir la culture, de voir où et comment leurs sacs sont confectionnés, et d’écouter les histoires des artisans. Nous ne voulons pas seulement vous parler de l’Éthiopie ; nous voulons vous y emmener.
Votre vision de la charité a‑t‑elle évolué ?
Oui. Nous concevons désormais la charité comme un changement concret. Nous cherchons à créer un impact durable pour les femmes que nous soutenons. Si ce changement s’inscrit dans leur quotidien et dans leur communauté, nous sentons que nous faisons réellement une différence.

L’un des membres les plus appréciés de l’équipe Parker Clay.
Quel conseil donneriez‑vous aux entrepreneurs souhaitant allier business et impact global ?
Ce n’est pas simple. Nous ne le ferions pas si nous n’aimions pas profondément les personnes avec qui nous travaillons. Quand nous pensons à elles, cela rend notre travail plus facile et plus gratifiant.
Où voyez‑vous votre entreprise dans cinq ans ?
Nous voulons renforcer nos relations en Éthiopie, élargir notre gamme de produits, augmenter nos déplacements sur place, développer la notoriété de la marque et consolider la durabilité. Nous aspirons à pousser les limites grâce à de nouvelles technologies, comme notre prochaine série de vidéos en réalité visuelle, qui permettront à nos clients de voir concrètement le processus de fabrication et la destination de leur argent.
Quelle sera votre prochaine destination ?
Cela peut sembler fou, mais chaque occasion nous ramène en Éthiopie. Nous l’aimons et il n’y a nulle part où nous préférerions aller.
EXPÉRIENCE ÉTHIOPIE
Regardez les vidéos en réalité virtuelle de Parker Clay pour découvrir de plus près l’Éthiopie et les artisans qui créent leurs produits.
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