Madagascar, une île unique en son genre
Située dans l'océan Indien, au large de la côte sud‑est de l'Afrique, Madagascar s'est isolée pendant plus de 80 millions d’années. Ce long isolement a donné naissance à un monde à part : arbres renversés, forêts de pierre et lémuriens emblématiques.
Partez à la découverte de ce véritable hotspot de biodiversité, qui ne cesse d’émerveiller les visiteurs.
Kirindy et les baobabs
Début d’aventure dans l’ouest
Rencontrez la faune et flânez sous les arbres légendaires.
Le guide Jean‑Baptiste arpente la forêt en tongs, suivant un méandre de sentiers identiques. En une heure, il repère un serpent crayon camouflé, un gros escargot terrestre, puis un lémur sportif qu’il indique patiemment : « à gauche du fourche, sous la deuxième branche… » Le lémur apparaît, le visage de nounours et les yeux bruns, niché dans un tronc creux. Cette rencontre déclenche une série d’observations dans la forêt de Kirindy.

Non loin, un sifaka de Verreaux noir et blanc bondit gracieusement entre les cimes, son petit‑enfant surgissant de sa fourrure. Le sifflement caractéristique de Jean‑Baptiste attire une famille de lémurs à ventre rouge qui descend du couvert pour l’inspecter.
Kirindy, dernier vestige de forêt sèche décidue de l’ouest malgache, abrite huit espèces de lémurs ainsi que leur unique prédateur, le fossa, aujourd’hui menacé.

Trois fossas se prélassent au centre de recherche écologique avant de disparaître dans la végétation. Avec leur pelage gris‑brun et leurs yeux jaunes perçants, ils illustrent les enjeux de conservation. « La déforestation pour l’agriculture et le bois les pousse à chercher nourriture ici. La protection doit concilier les besoins humains et la préservation des forêts », explique la responsable du centre, Mamy Ramparany.
Les baobabs de la forêt, appelés « mères de la forêt » en malgache, témoignent d’un passé abondant : aujourd’hui, beaucoup sont isolés sur des terres déboisées.

À 40 km au sud, l’Avenue des Baobabs rappelle une grandeur disparue. Le matin, la brume enveloppe ces géants de 600 ans ; les agriculteurs, les zébus et les habitants s’éveillent. Au lever du soleil, les jeunes plants plantés à proximité offrent un espoir de restauration.
La route vers les Tsingy
Un périple sur la route 8A
Les routes accidentées révèlent le caractère aventureux de Madagascar.
« Au-delà de sa biodiversité, Madagascar est célèbre pour ses routes », commente le guide Dennis Rakotoson avant d’embarquer dans le 4x4.
Avec moins de 20 % de voies goudronnées, le trajet de 160 km de Kirindy à Bekopaka dépasse largement les estimations de Google Maps, mais offre des moments inoubliables d’observation de la faune.

Le chemin boueux serpente entre rizières, buissons sablonneux et clairières en feu. Des enfants jouent au ballon, des femmes portent du maïs sur la tête, protégées par du tamarin, les familles lavent leurs vêtements dans les ruisseaux, et les bergers conduisent leurs zébus.

« Les Malgaches chérissent le zébu pour le transport, l’agriculture, les rituels et même l’huile de sa bosse, réputée fortifiante », explique Dennis au milieu des nids-de-poule.
À mi‑parcours, des radeaux improvisés traversent le fleuve Tsiribihina. Le marché de Belo sur Tsiribihina fourmille de produits et de bosse de zébu. La route devient plus difficile, contournant des éboulis, des cratères et des ateliers de briquetage, tandis que des enfants agitent la main.

Après 11 heures de traversées fluviales et d’arrêts pour observer la faune, l’arrivée à Bekopaka se conclut par un coucher de soleil sur les mangroves, gravé dans les mémoires.
Tsingy de Bemaraha
Escalade du parc national de calcaire
Préparez‑vous à des grimpeurs dans un décor surréaliste.
À Bekopaka, les visiteurs réservent l’entrée du Tsingy de Bemaraha, le principal attrait de la 8A.
Le guide Charles Andriasy pénètre le Petit Tsingy : « Ce lieu sacré abrite des tombes – soyez respectueux ». Les légendes locales interdisent l’accès aux enfants, de peur des esprits.
Formé il y a 150 millions d’années sous l’eau, le calcaire s’est dressé en pics parsemés de fossiles marins, de figuiers, de toiles d’araignées et de piscines cachées.

Des cordes, échelles et ponts suspendus permettent de franchir les sommets et les grottes, où l’on aperçoit des oiseaux et des sifakas de Von der Decken.
Le Grand Tsingy exige harnais, ascensions sur fil et échelles précaires, mais récompense par des panoramas vertigineux. « Avancez lentement, la peur s’évanouira », conseille Charles. Après l’effort, une sieste s’impose, à l’ombre de lémurs reposants.
Parc national d’Andasibe‑Mantadia
Lémurs et forêts pluvieuses de l’est
Vivez une rencontre rapprochée avec les lémurs dans la brume de la forêt.
Le plateau central, frais, est ponctué d’arbres introduits, tandis que les grenouilles chantent sous la bruine.
Le guide Luc Rajeriosa se fraie un chemin entre fougères et bambous, se taisant dès qu’un indri lointain retentit, comme une trompette funèbre.

En observant une famille, Luc explique : « Le babakoto, père de l’homme, est protégé par les tabous qui l’ont sauvé d’une mort ancienne ».
Le plus grand primate vivant de Madagascar compte jusqu’à 70 groupes dans le parc. On y trouve également sifakas diadème, longicornes girafes, lémurs bambous et boas arboricoles.

« Comme l’indri, je vis chaque jour au cœur de la forêt », conclut Luc.
Le canal des Pangalanes
Canaux verdoyants et recherche de l’aye‑aye
Une nuit au clair de lune révèle des lucioles et le mystérieux aye‑aye.
Un phare éclaire un rat arboricole avant que l’aye‑aye n’apparaisse, ses yeux croisés, sa fourrure hirsute, ses doigts longs grignotant une noix de coco.

Autrefois tué comme mauvais augure, l’aye‑aye est aujourd’hui protégé. Le skipper Faro Razafimanantena raconte les superstitions tout en naviguant sur les 640 km de ce réseau fluvial.

Bateaux cargos, pirogues et martin-pêcheurs animent les canaux jusqu’aux lacs. « Tout se passe sur l’eau », explique Faro, entre villages et couchers de soleil spectaculaires.

Le soir ne porte pas malheur, mais la promesse d’une vie vibrante.
Cet article a été publié dans le numéro d’avril 2017 du magazine Lonely Planet Traveller. Amanda Canning a voyagé à Madagascar grâce au soutien de Natural World Safaris (naturalworldsafaris.com). Les contributeurs de Lonely Planet n’acceptent aucun cadeau contre un article favorable.




