Interview avec l'expert du voyage économique Nomadic Matt

Beaucoup le connaissent, d’autres non. Vous avez peut‑être lu son blog ou en avez entendu parler.
Je me souviens avoir entendu parler de Nomadic Matt quand je débutais. Pendant des années, son nom revenait sans que je le rencontre. L’été dernier, nous nous sommes enfin rencontrés et, depuis, nous nous sommes revus à plusieurs reprises, la dernière fois à la fin du mois de mai lors de la conférence TBEX (Travel Bloggers Exchange) en Espagne.
Matt blogge depuis longtemps et vit le voyage. Il a mené de nombreux projets, écrit plusieurs livres et travaille actuellement à la création d’une association caritative, FLYTE, qui permettra à des jeunes défavorisés de découvrir les bienfaits du voyage. Le voyage, c’est sa vie.
Son ouvrage « How to Travel the World on $50 a Day » a vu sa deuxième édition sortir cette année. Pour 8 $ sur Amazon, c’est un investissement solide pour quiconque veut réduire ses dépenses en voyage.
En mai, lors de la conférence, nous avons déjeuné dans un food‑truck à Lloret de Mar, en Espagne (les sandwichs étaient tellement bons que nous en avons pris plusieurs). Nous avons discuté budget et avons décidé de publier une petite interview sur mon site.
Voici un échange léger, mais (je l’espère) utile…
Interview avec Nomadic Matt
Qui êtes‑vous, exactement ?
Je m’appelle Matt Kepnes, alias Nomadic Matt. Je voyage autour du monde depuis 2006. Originaire de Boston, j’ai travaillé dans le secteur de la santé après l’université. Petite anecdote : je suis aussi professeur certifié d’histoire au lycée ! Un voyage au Costa Rica en 2004 a déclenché ma passion du voyage. Avant cela, je ne voyageais que très peu, alors je n’avais jamais connu la liberté que le voyage procure. Chaque jour était comme un samedi. L’année suivante, un séjour en Thaïlande et la rencontre de cinq routards m’ont fait envier leur mode de vie. Cela m’a montré que je n’avais pas besoin d’un emploi stable ni d’être riche pour voyager.
De retour, j’ai terminé mon MBA, quitté mon poste de bureau, et, en juillet 2006, je me suis lancé dans une aventure autour du monde.
Ce tour du monde devait durer un an, mais je ne suis rentré qu’après dix‑huit mois. Réalisant à quel point le voyage me passionnait, j’ai repris la route et créé le site Nomadic Matt. Depuis, je voyage et j’écris.
En tant qu’expert du voyage à petit budget, quelles régions offrent le meilleur rapport qualité‑prix ?
La région la plus économique du monde est l’Asie du Sud‑Est. Le rapport qualité‑prix y est exceptionnel et tout y est relativement bon marché. D’autres destinations très abordables sont l’Inde, la Corée du Sud, l’Europe de l’Est et l’Amérique centrale. Si votre budget est serré, ces zones sont idéales.
Earl : L’Asie du Sud‑Est est géniale, et je suis aussi un grand fan de l’Europe de l’Est !
Quelle erreur les nouveaux voyageurs commettent‑ils le plus souvent ?
Ils sur‑planifient et mal évaluent leur budget. Quand on débute, on a tendance à détailler chaque étape, à réserver à l’avance les auberges, hôtels et vols. Cela a du sens : planifier rend le projet plus réel. Mais en voyage, « moins c’est plus ». Il vaut mieux choisir une route générale et laisser les détails se régler en cours de route. Vous changerez d’avis une fois sur place, c’est inévitable, et vous découvrirez ce que vous aimez ou non.
De plus, beaucoup de voyageurs épuisent leurs fonds trop rapidement. Aujourd’hui, l’information tarifaire est largement disponible en ligne. Faites quelques recherches préalables, estimez les coûts et établissez un budget réaliste. Ne partez pas à l’aveugle.
Earl : Il est difficile d’éviter la planification au début, mais les voyageurs de longue durée conseillent généralement de rester flexibles. C’est une leçon qui s’apprend rapidement.
Quelle est votre plus grande erreur budgétaire dont les autres peuvent tirer des leçons ?
J’ai sous‑estimé l’impact des fluctuations monétaires. Les devises varient constamment, et je n’ai pas anticipé ce facteur lors de mon tour du monde en 2006. Avant d’arriver en Australie, j’avais calculé mon budget en partant du taux 1 USD = 1,30 AUD. À mon arrivée, le taux était de 1 USD = 1 AUD, ce qui a réduit mon pouvoir d’achat de 30 %. Sans marge de manœuvre, j’ai dû supprimer de nombreuses activités.
Earl : J’utilise maintenant des alertes sur mon téléphone pour suivre les taux de change des pays que je prévois de visiter.

Quel souvenir vous fait toujours sourire ?
Après dix ans de voyages, j’ai accumulé de nombreuses anecdotes, mais mon préféré reste un mois passé sur l’île de Ko Lipe, en Thaïlande, en 2006. Le lieu était alors très isolé. J’ai perdu mes tongs le premier jour et j’ai marché pieds nus pendant tout le mois. Chaque journée était un pur bonheur. Ce n’est pas une histoire extravagante, mais c’est un souvenir qui reste gravé.
Earl : Être isolé sur une île tropicale, avec peu de possessions, montre à quel point la simplicité peut apporter le vrai bonheur.
Quel a été votre incident le plus effrayant en voyage ?
J’ai failli me noyer aux Fidji lors d’une deuxième plongée sous‑marine. Mon binôme a accidentellement expulsé le détendeur de ma bouche. Sous l’eau, j’ai paniqué un instant, mais j’ai réussi à le remettre en place et à respirer. J’ai attendu quelques minutes pour me calmer avant de remonter. Mon instructeur a réagi rapidement et a assuré ma sécurité.
Earl : Même si cela semble terrible, cela montre que les « pires expériences » restent souvent très localisées. Le monde est en réalité plus sûr qu’on le croit.
Y a‑t‑il des pays que vous ne souhaitez plus revisiter ?
Le Vietnam. Mon séjour s’est très mal passé : j’ai trouvé les habitants brusques, parfois impolis, et j’ai eu l’impression d’être constamment ciblé par des arnaques. Je n’ai aucune intention d’y retourner.
Cela dit, chacun vit une expérience différente. Certains détestent Paris (je les trouve fous ! Paris est magnifique). Il faut toujours se faire sa propre opinion.
Earl : Bien de le rappeler ! Sans cette nuance, je n’aurais pas publié l’interview.
Dans votre livre, vous parlez de voyager avec 50 $ par jour. Ce chiffre paraît élevé. Pourquoi ce focus ?
Beaucoup s’attardent sur ce nombre. Selon le point de vue, c’est trop ou pas assez. Il faut d’abord comprendre qu’il s’agit d’une moyenne quotidienne sur un voyage d’un an, incluant les dépenses pré‑voyage (équipement, assurance, vols). Ainsi, le chiffre n’est pas si élevé. Vous ne dépenserez pas 50 $ chaque jour : certains jours seront plus chers, d’autres moins, selon la destination. En Norvège, 50 $ est raisonnable ; en Inde, c’est largement suffisant.
Au‑delà du chiffre, c’est une philosophie. Le livre propose des astuces concrètes utiles quel que soit le budget.
Earl : Les conseils de budgétisation s’appliquent à tous. Que l’on dépense 800 $ ou 600 $ pour un mois, on veut toujours optimiser.

Quelle est la méthode la plus simple pour économiser en voyage ?
La flexibilité. Un jour de différence peut représenter des centaines de dollars. Être flexible sur les dates ou la destination permet de profiter des meilleures offres. Si vous devez absolument être à Paris à une date précise, vous payerez le tarif affiché. Mais si vous pouvez décaler d’un jour ou choisir une autre ville, vous économiserez.
En résumé : soyez flexible quand vous le pouvez. Si vous êtes fixé sur Paris, partez quand c’est le moins cher. Si vous ne pouvez voyager que deux semaines en juin, choisissez la destination la moins chère pendant cette période. Cette approche permet de réaliser d’importantes économies.
Earl : Plus on planifie, plus on se retrouve enfermé dans ses propres contraintes. La flexibilité est souvent la clé.
Comment le paysage du voyage économique a‑t‑il changé depuis vos débuts ?
Il est aujourd’hui beaucoup plus facile de dénicher de bonnes affaires. En 2006, l’information était rare. Aujourd’hui, des centaines de blogs, sites de bons plans et applications existent. À l’époque, je ne trouvais qu’un seul site sur le backpacking en Europe. Maintenant, chaque pays possède de multiples ressources. Les recherches de vols étaient fastidieuses ; aujourd’hui, des sites comme holidaypirates.com, theflightdeal.com ou airfarewatchdog.com envoient des alertes quotidiennes. Des équipes travaillent pour nous, il suffit de consulter les offres.
Earl : Depuis que je suis les alertes de theflightdeal.com, je réserve des vols presque chaque semaine. Aux États‑Unis, on trouve des offres incroyables, comme un aller‑retour Chicago‑Saint‑Pétersbourg à 555 $.
Pour ceux qui ne connaissent pas Matt, voici ses références :
NomadicMatt.com
How to Travel the World on $50 a Day
FLYTE (sa nouvelle association caritative)
Des astuces supplémentaires que vous avez découvertes ? Des questions pour Matt sur l’économie en voyage ?




