Le génie du café parisien de Telescope Café
Photographe de mode et passionné de café, Nicolas Clerc s’est formé à New York avant de ramener le mouvement du café artisanal à Paris. Lindsey Tramuta, auteure de Lost in Cheeseland (l’un de nos 24 meilleurs blogs et sites 2014), s’entretient avec le propriétaire du charmant café parisien Télescope. La photographe Ashley Ludaescher a immortalisé la scène.
PARIS – Après plus de dix ans à photographier pour Vogue, Chanel et Hermès, c’est derrière le comptoir que Nicolas Clerc, Parisien, exprime aujourd’hui son art. Il n’était pas issu du monde du café artisanal, mais une formation auprès des pionniers du mouvement à New York a provoqué une transformation personnelle et professionnelle. Une machine à espresso Marzocco et des caisses de lait provenant de vaches normandes ont largement remplacé son matériel photo, mais le photographe‑barista applique le même œil avisé et la même dextérité à l’esthétique et au goût de chaque tasse qu’il sert.

En mars 2012, Nicolas ouvre Télescope dans une rue autrefois calme du 2e arrondissement, nichée derrière les arcades emblématiques du Palais‑Royal. Il a rapidement créé une communauté accueillant un public éclectique de passionnés de café, de fashionistas et de jeunes parents urbains. Sa confiance discrète et son souci sincère élèvent son café bien au‑delà de la foule.
Nous l’avons rencontré sur place, puis l’avons accompagné pour une promenade dans les jardins du Palais‑Royal et un apéro au Bougainville afin d’évoquer influences, art et esprit de Télescope.
Où avez‑vous grandi ?
« Je suis né à Paris, mais après mon premier anniversaire nous avons déménagé à Nice, où j’ai grandi. Mes parents, futurs médecins, ne souhaitaient pas exercer à Paris. Je suis resté à Nice jusqu’à la vingtaine, puis j’ai étudié en Suisse. »
Vous avez étudié la photographie en Suisse ?
« Oui, à l’École de Vevey, puis je suis revenu à Paris pour travailler comme photographe – ou plutôt assistant photographe ! J’ai passé deux années dans ce rôle, et ce furent parmi les plus beaux moments de ma vie. »

« Vous vivez le rêve ! Des shootings à Venise, des modèles, des séances pour Vogue, des vols vers l’Afrique du Sud, puis un retour à Paris pour un reportage à Saint‑Tropez… »
Quel est votre ressenti d’être au cœur du mouvement du café à Paris ?
« Incroyable. Les clients nous demandent sans cesse d’où vient le café, comment il est préparé, quelles méthodes on utilise – French press, AeroPress, Kalita… La température du lait compte aussi. Nous luttions à faire connaître notre travail, et aujourd’hui Télescope est devenu une étape incontournable pour les visiteurs. Peut‑être grâce à la presse récente, au beau temps, ou simplement parce que le café n’est plus une aventure, mais un plaisir partagé. »

Un café préparé avec expertise.
Vous avez remarqué une affluence de connaisseurs ?
« Au début, je pensais inutile d’expliquer ce que les clients buvaient. Un collègue m’a insisté sur l’importance du storytelling. Aujourd’hui, les gens veulent connaître la provenance de leur café, et c’est un vrai plaisir pour nous. »
Quand avez‑vous découvert le café artisanal ?
« La première bonne tasse a éveillé mes papilles et mon cerveau. Faire du café à la maison est amusant, mais exigeant, ouvrant un monde de possibilités gustatives. On rejoint alors une communauté de passionnés qui discute de températures, de mouture, de méthodes… Un secteur en pleine évolution, ce qui est excitant. »

Comment êtes‑vous passé de la photographie au café ?
« Je devais illustrer un article sur le café, mais je ne comprenais pas l’engouement. Le photographe en chef m’a expliqué que c’était une question de qualité, que je ne buvais pas le bon café. Aujourd’hui, je passe sept jours sur sept à travailler dans mon propre café. »
Qu’est‑ce qui fait un bon café ?
« Une chaîne de responsabilités : choisir les bons grains, les traiter, les stocker, les expédier, les torréfier, les moudre et enfin les infuser correctement. Une dizaine de personnes doivent accomplir chaque étape avec rigueur. Le résultat se ressent immédiatement au palais. »
Le café des brasseries françaises ne fait‑il pas les choses correctement ?
« C’est une méconnaissance. En France, le café est souvent perçu comme amer, un moyen de se réveiller rapidement. On y ajoute du sucre, on l’avale d’un trait – presque comme un médicament. »
Votre formation à New York ?
« J’ai suivi des stages chez Intelligentsia et Blue Bottle. Les baristas étaient très ouverts, partageant leurs connaissances. J’étais simplement un Français qui aimait le café et voulait ouvrir un établissement à Paris. Ils m’ont invité à revenir le lendemain pour préparer du café ensemble. Une expérience qui a changé ma vie. »

« Je suis venu à New York pour changer d’air, boire du café avec des amis le jour et apprendre à le préparer le soir. Ouvrir un café n’était pas prévu à l’origine. »
Comment avez‑vous trouvé le local ?
« De retour à Paris, toujours photographe, j’ai croisé une agente immobilière qui m’a parlé d’un local à vendre par un Arménien. Dès la première visite, j’ai senti que c’était l’endroit idéal, même si l’on pourrait dire qu’il est hanté. »
Le local est‑il réellement hanté ?
« Je le sens dans la cave. Une famille arménienne y a vécu 60‑70 ans, un grand‑père en fauteuil est décédé il y a une quinzaine d’années. J’ai parfois la sensation d’une présence bienveillante, comme un ami qui veille. Que vous l’appeliez fantôme, esprit ou intuition, c’est un ressenti fort que nous partageons tous. »
Les défis rencontrés pour ouvrir le café ?
« Les démarches administratives françaises, puis la création d’un concept inédit. Il ne s’agit pas de convaincre que l’on est meilleur que les autres, mais d’offrir une perspective unique et d’espérer qu’elle plaise. »

La façade de Télescope, rue Villedo.
Musique et ambiance ?
« L’après‑midi est plus lourd, le volume monte un peu. Nous aimons surprendre les clients – une fois, quatre grand‑mères de plus de 75 ans sont restées plusieurs heures en écoutant Talib Kweli. La musique fait partie de l’expérience, offrant une pause dans le quotidien. »
OÙ NOUS TROUVER
Télescope
5 Rue Villedo
75001 Paris, France
+33 1 42 61 33 14
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