Éclipse – L’aventure photographique de Reuben Krabbe en Svalbard
Un cliché qui dépasse la simple image
Sur des millions de photos prises chaque jour, la plupart ne parlent qu’à quelques privilégiés. Rarement, une image transcende son contexte, inspire et suscite des émotions profondes chez ceux qui n’en connaissent même pas l’origine. C’est exactement ce que cherche à créer Reuben Krabbe, photographe passionné et infatigable.
Le défi de l’impossible
Reuben incarne la citation d’Edison : « Le génie, c’est 1 % d’inspiration et 99 % de transpiration ». Il se spécialise dans les prises de vue qui semblent irréalisables – du skieur éclairé par les aurores boréales à un VTT décrivant une arche parfaite autour d’un arbre. Son dernier projet l’a conduit à Svalbard, au nord du cercle arctique, pour photographier un skieur du Salomon Freeski Team sous une éclipse solaire totale.
Le concept
À plus d’un kilomètre du sujet, Reuben a placé son équipe à 384 400 km de la Lune, qui elle-même se trouve à 149,6 million de km du Soleil. Le moment était bref : les skieurs devaient déclencher leurs descentes pendant que la Lune occultait le Soleil, créant une alignement rare « skieur‑crête‑soleil‑appareil ». Le tout, dans l’obscurité d’une éclipse totale, avec pour seule communication un micro‑radio crépitant.
Pourquoi Svalbard ?
L’unique lieu où les conditions météorologiques et la trajectoire de l’éclipse permettent ce type de prise de vue était Svalbard, un archipel réputé pour son ciel souvent couvert. Malgré les risques, Reuben a convaincu l’équipe Salomon de financer l’expédition, transformant ce qui aurait pu être un simple voyage de ski en une aventure scientifique‑artistique.




Les difficultés rencontrées
Le projet n’était pas une simple attente de la nature. Reuben a dû analyser des centaines de photos d’éclipses, extraire les métadonnées pour déterminer les vitesses d’obturation adéquates, puis calculer les coordonnées exactes (inclinaison 11°, 11° Ouest du Sud) où la Lune occuperait le même angle que la crête du ski. Le défi était de synchroniser le skieur, la crête, le Soleil et l’appareil photo dans un espace restreint, sans possibilité de retouche de dernière minute.
Le jour J
Dans la tente de base, Reuben décrivait son idée avec passion, même si les skieurs avouaient que le concept était « silly » et que l’éclipse risquait de « voler du temps ». Malgré leurs doutes, ils ont exécuté chaque instruction, bravant le froid, les ours polaires et le stress. Le compte à rebours a culminé : chaque rider a dévalé la pente pendant deux minutes vingt‑huit secondes d’obscurité totale, leurs cris primaires résonnant dans le silence polaire.





Réflexions sur la quête de perfection
Cette expédition montre que la recherche de la perfection exige persévérance, humilité et un goût du risque. Reuben admet que le stress, les doutes et même la peur des ours polaires ont failli le faire abandonner, mais le compte à rebours implacable l’a poussé à continuer. Le résultat ? Une image où le soleil doré, la Lune et le skieur se figent dans un instant éternel, quasiment identique à son fichier brut.
Conclusion
« Eclipse » est le récit phare du numéro Six de Sidetracked, illustrant comment la science, la planification rigoureuse et la passion peuvent transformer une idée audacieuse en une photo qui raconte une histoire à la fois technique et émotionnelle.




